Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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BO
La cellule familiale
Par Mickael Mouyal

La Paracha de Bo achève le processus des plaies, par la venue des trois dernières plaies qui se sont abattues sur l’Egypte. Les sauterelles, puis les ténèbres. Ces deux plaies furent particulièrement difficiles, conduisant à la famine pour les sauterelles, et la paralysie pour les ténèbres, lorsque un homme debout ne pouvait plus s’asseoir, celui qui était assis ne pouvait plus se lever. Tous les égyptiens ne pouvaient plus bouger. Puis, D. transmis aux enfants d’Israël, par l’intermédiaire de Moché, toutes les instructions concernant la fête de Pessa’h et le déroulement de la cérémonie pascale, comprenant le sacrifice de l’agneau, la consommation des Matsot et des herbes amères, ainsi que l’ordre pour les générations interdisant de consommer du ‘Hamets pendant la fête de Pessa’h. Mais curieusement, une des instructions que Moché rapporta aux Hébreux était : « Que nul d’entre vous ne franchisse le seuil de sa demeure jusqu’au matin ». Quelle est la signification d’une telle instruction ? D’autant plus que l’atmosphère que D. voulut créer pour Son peuple était une ambiance agréable et rassurante. C’est d’ailleurs pour cela qu’Il envoya aux égyptiens ces plaies. Si c’était pour les punir, il est clair que ces plaies eurent l’effet de démoraliser les égyptiens de manière à rassurer les Hébreux et même peut-être les amuser face à la perte de leurs oppresseurs, la veille de leur délivrance. Or, lorsque la dixième plaie allait s’abattre sur l’Egypte, que les premier-nés allaient être frappés, ce serait plutôt rassurant pour les Hébreux et cela contribuerait améliorer leur moral que de pouvoir sortir et admirer la fin et l’annihilation de l’Egypte. Pourquoi leur était-il donc interdit de sortir ? En plus, cette interdiction risquait de créer une angoisse et un stress pour les Hébreux qui devaient rester emmuré chez eux, appréhendant le risque de sortir, craignant que s’ils sortaient, il pourrait leur arriver le même sort que les égyptiens. Ainsi, il faut essayer de comprendre l’intérêt de cette interdiction de sortir qui semble paradoxale face au contexte rassurant et encourageant que D. essaie de créer en faveur du peuple Hébreu. En fait, cette nuit-là du 15 Nissan, cette nuit où la délivrance et l’indépendance du Peuple d’Israël allaient être obtenues, allait être très déterminante pour l’avenir du peuple. C’est pourquoi, D. désirait condenser la stratégie d’assurance de la perpétuité de ce peuple par une notion : le renforcement de la cellule familiale. Nous savons que depuis la nuit des temps, des nations fortes et des civilisations puissantes ont su marquer leur époque. Or, aujourd’hui elles ne sont plus qu’un souvenir lointain qui a du mal à rester dans notre mémoire. Pourtant, le peuple Juif, sur pratiquement tout le long de son histoire, n’a pas été considéré comme une nation forte ; malgré tout, ce peuple existe toujours… Et bien, c’est justement à cela que D. se préoccupait avant même que les Hébreux prennent le statut de peuple affranchi. Il fallait se soucier de ce qui allait être le vecteur de sa survie. Pour transmettre le message de la Thora, il faut préparer le terrain de manière à ce qu’il soit propice à son épanouissement au fil des générations. Une cellule familiale bien consolidée contribue à la meilleur des situations pour atteindre cet objectif, puisqu’elle consiste à un investissement au niveau des enfants. En effet, l’épanouissement spirituel d’un enfant est plus propice lorsque la famille est unie et consolidée. Car alors, celui-ci peut jouir d’une atmosphère chaleureuse, où règne l’amour et l’harmonie, paramètres nécessaires pour l’évolution de la nouvelle génération et son éducation. Ces deux principes d’harmonie dans le couple et d’éducation optimale des enfants sont des piliers fondamentaux desquels peut émerger un élément d’explication du mystère de la pérennité d’Israël. Eviter les mariages mixtes et investir dans l’éducation permettent de maintenir le peuple. Et c’est là le fond de la discussion entre Pharaon et Moché. Lorsque Pharaon était lassé des plaintes de ses hommes, il fit appeler Moché pour lui permettre d’aller servir D.. Mais, il voulait savoir qui partirait. Moché avait bien répondu : « Nos fils et nos filles… ». Les premières personnes citées sont les enfants car ce sont eux notre avenir. Mais Pharaon, qui connaissait le secret, lui rétorqua : « Il n’en sera pas ainsi. Seuls les hommes partiront… ». Ainsi, ni les enfants ni les femmes ne sortiront. Car sans ces deux piliers, sans des couples vivant dans l’harmonie et sans des enfants bien éduqués selon les principes ancestraux, le peuple Juif ne fera pas long feu. Il est bien clair que Moché refusa un tel compromis. Nos Sages n’ont-ils pas dit que D. n’accepta de transmettre la Thora à Israël que s’il pouvait y avoir de bons garants. Et c’est seulement lorsque Moché lui proposa de prendre les enfants comme garants que D. accepta de transmettre la Thora. C’est que les enfants sont l’avenir du peuple. Ce sont eux qui portent le flambeau de la Thora pour la transmettre à leur tour à la nouvelle génération, assurant par là l’éternité du peuple Juifs. Lorsque parents et enfants se réunissent sous un même toit, discutent de mêmes idées, approfondissent les thèmes traditionnels, là est la réussite du peuple. Et c’est exactement ce qui s’est passé le soir du 15 Nissan : « Que nul d’entre vous ne franchisse le seuil de sa demeure jusqu’au matin ». La famille doit alors se retrouver. En ces termes se trouve comprimé le secret de la pérennité si mystérieux du peuple. Remarquons qu’à l’opposé, ce même soir, s’abattit sur les égyptiens la plaie de la mort des premiers nés. Les égyptiens ont vu leur cellule familiale dissoute par la mort des aînés, ces aînés qui symbolisent le lien et la médiation entre les parents et les autres enfants. C’est que les égyptiens ne visaient qu’une chose : voir le peuple d’Israël disparaître. Pour cela, ils misèrent justement sur les enfants, tuant les bébés…, et refusant finalement la libération des enfants. De plus, ils misèrent aussi sur les mariages mixtes car, épargnant les filles, celles-ci seraient contraintes d’épouser des égyptiens. Ainsi, ils escomptèrent dissoudre l’élément de base de la pérennité future d’Israël : la famille juive. Et mesure pour mesure, à l’instant même où se cristallisait la survie du peuple d’Israël à travers le maintien de la cellule familiale, les Egyptiens quant à eux, voyaient leur cellule symboliquement se disloquer et se dissoudre. C’est en ce sens que le verset traduit l’idée de la mort des premiers nés par les termes : « Celui qui frappe l’Egypte par ses premiers nés ». Le verset aurait dû plutôt dire : « Celui qui frappe les premiers nés d’Egypte ». Seulement, en réalité, toute l’Egypte a été frappée par cette plaie qui consistait à démolir les bases du peuple égyptien. Et c’est précisément à ce même moment que les enfants d’Israël vivaient les bases constructives de leur patrimoine. Cette notion est d’autant plus vraie à notre époque où les moyens d’échanges se développent et deviennent de plus en plus perfectionnés, et la communication orale est négligée... Les membres d’une même famille peuvent se cotoyer sans communiquer. Il arrive qu’un père soit préoccupé par son idéal professionnel, que l’enfant soit passionné par les rêves de son monde, … et le temps consacré autrefois à la communication ne se trouve plus. C’est pourquoi, la Thora nous dit que s’il faut y avoir une délivrance, il faut tout d’abord y avoir une communication. C’est ainsi que la Thora a prévu que chacun sans exception est tenu de communiquer à son enfant, ce soir là du 15 Nissan, l’histoire de nos ancêtres. Et aujourd’hui où, en plus de la diminution de la communication orale, s’est malheureusement répandu le fléau de l’assimilation et les mariages mixtes se sont aussi développés, notre espoir et notre aspiration sont orientés vers la venue du prophète Elie à propos de qui le verset dit que « Il ramènera le cœur des pères vers les fils et celui des fils vers les pères ». Et ce sera grâce à cela que, avec l’aide de D., nous serons libérés, Amen.


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