Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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YITRO
Yitro:
Rav. D. Yelloz

Le point principal de la paracha, c’est, bien entendu, le don de la Torah. Avec pour commencer, les 2 Tables de l’alliance sur dans lesquelles est inscrit le DECALOGUE (10 commandements)..
Pour cette occasion, unique dans l’histoire de l’humanité, s’organise une rencontre exceptionnelle: celle de D… avec l’Homme en la personne de Moché Rabénou, dans un contexte extraordinaire d’effets sons & lumières!
Inoubliable!
En ce jour, les Bné Israël devinrent les témoins vivants de cette révélation: D… s’adresse à l’homme et lui révèle ses desseins par l’intermédiaire des prophètes, dont Moché Rabénou est le maître et le père. De génération en génération, depuis 3300 ans, nos parents nous racontent ce qu’ils ont vu et vécu, et l’alliance qu’ils ont conclu avec D…, devenant ainsi un peuple particulier parmis les autres, « le peuple choisi »
Parmis les 10 commandements, il en est un très surprenant: Lo Ta’hmod, n’envie pas ton prochain. C’est le dernier Commandement et il a suscité l’étonnement des plus grands exégètes dont le Rav Iben Ezra qui pose: Comment un homme peut-il s’en acquitter?
Comment contrôler et maîtriser les désirs de son cœur lorsque celui-ci est attiré par ce qu’il voit?
Le Rav Chimchon Raphaël Hirsch y voit un «paraphe divin » .
Toutes les sociétés sont régies par un code de loi établis par leurs représentants. Ceux-ci émettent les lois, ainsi que les punitions (en général, il n’y a pas de récompense prévue) pour ceux qui les enfreignent, et mettent en place un pouvoir exécutif qui veille à l’application de la loi. Dans aucun code n’apparaît une loi telle que celle qui est proposée ici: « Tu n’envieras pas ton prochain ». Cela pour deux raisons évidentes: parce qu’il est inconcevable et impossible d’empêcher quelqu’un d’avoir envie, d’entraver cette liberté, mais aussi parce q’une infraction à cette loi serait indétectable et impunissable! Seul D… peut émettre une telle loi et en garantir le suivi.! Seul D… qui sonde le cœur et l’esprit de chaque être, « qui a créé leurs cœurs et comprend leurs actes », peut, en connaissance de cause, exiger de l’homme qu’il surveille et maîtrise son cœur et ses pensées.
En effet, on ne s’improvise pas voleur, tueur, violeur, menteur… De telles actes et comportements révèlent un état d’esprit et une façon de pensée préalable qui les ont suscités. C’est pourquoi D… nous demande de prendre garde à ne pas laisser notre intellect dévier. C’est le sens profond de ce commandement qui sert aussi de signature divine au Décalogue.
On retrouve plusieurs mitsvot semblables à celle ci dans la Torah: ceux sont autant de signatures et d’empreintes divines à la Torah et aux mitsvot!

Chabbat Chalom


Le thème principal de cette Paracha est bien évidemment Matan Torah, le don de la Torah, lorsque D. est apparu aux Bné Israël pour leur donner la Tora et leur remettre les Tables qu’Il avait Lui-même taillées et sur lesquelles Il avait gravé les Dix Commandements.
Néanmoins, il me semble préférable d’en parler à l’époque de Chavouot, date anniversaire de cet évènement sensationnel, lorsqu’on se sent plus concerné par ce qu’il entraîne et implique.

Nous allons approfondir un passage qui est rapporté dans la Torah avant les Dix Commandements, mais qui eut lieu en réalité bien plus tard : le lendemain de Yom Kippour lorsque Moché redescendit du Mont Sinaï pour la troisième fois avec les secondes Tables de la Loi.

Moché Rabbénou s’était assis pour "juger le peuple" qui se tenait debout près de lui du matin jusqu’au soir. Ytro, son beau-père, qui avait rejoint le peuple d’Israël après avoir entendu tous les miracles que D. leur fit lors de la sortie d’Egypte, en fut étonné : cette situation deviendrait vite intolérable et insupportable pour Moché comme pour le peuple. Il décida donc d’intervenir et conseilla à son gendre Moché Rabbénou d’organiser tout un système judiciaire composé de nombreux juges de différents niveaux : les chefs de mille, chefs de cents, de cinquante et de dix, en tout, soixante dix-huit mille juges, chacun faisant partie de l’élite du peuple au niveau intellectuel et moral. Cependant, Ytro tient à préciser clairement ce que devra être le rôle de Moché Rabbénou dans ce domaine, et il lui dit (Exode 18 – 19,20) :
« Maintenant, écoute ma voix, je te conseillerai… Tu les avertiras des lois et des enseignements et tu leur feras connaître le chemin dans lequel ils iront et l’action qu’ils accompliront… »

Ces paroles de Ytro ont été interprétées par nos Sages de la manière suivante (Traité Baba Métsia 30b) :
« Tu leur feras connaître, c’est l’école de la vie.(Rachi explique qu’il s’agit d’une école où on apprend un métier qui permet de gagner sa vie), le chemin , c’est la bonté, dans lequel , c’est l’enterrement, ils iront, c’est la visite des malades, qu’ils accompliront, c’est se conduire en amont de la justice. »
On est en droit de se demander, quel rapport y a-t-il entre ces recommandations que Ytro donne à Moché Rabbénou, et le conseil qu’il lui prodigua pour alléger la lourde tâche qui lui incombait en tant que chef et dirigeant du peuple : la justice ?

Le Hafets Haïm* nous éclaire à ce sujet et nous explique la chose suivante : lorsque les délits sont nombreux, les juges submergés de travail et les prisons pleines à craquer, il ne suffit pas de rajouter des juges et de construire de nouvelles prisons. Ce qu’il faut, c’est traiter le problème à la racine en éduquant la jeunesse et lui inculquant les valeurs morales et civiques qui constituent le film protecteur de toute société !
C’est là le conseil que donna Ytro à Moché Rabbénou lorsqu’il vit la foule attendant pour se faire juger : Ne t’imagine pas qu’il suffit de leur enseigner la Loi, il faut aussi les éduquer au Hessed, à l’humilité, aux concessions et ainsi ils sauront éviter les problèmes, et, le cas échéant, ils pourront les régler eux-mêmes à l’amiable sans avoir recours obligatoirement à la justice. Sinon, quoi que l’on fasse, la situation deviendra insupportable et invivable pour tous.

Cette explication du Hafets Haïm semble être d’une actualité criante à notre époque, et une fois de plus, on constate la clairvoyance de nos Maîtres qui répondent au critère de sagesse rapporté dans le Talmud (Traité Tamid 32a) :
« Quel est le sage ? Celui qui est capable de prévoir l’avenir ! »

Par le Rabbin Daniel Yelloz




Les trois facettes du peuple Juif
Source : Alé Chour (ouvrage du Rav Wolbé)

La Paracha de la semaine, Ytro, est particulièrement connue par le fait qu’on y lit les dix commandements. Les Juifs, après avoir quitté l’Egypte, se retrouve enfin devant le mont Sinaï. Là, ils doivent procéder à une certaine purification. Alors, D. se dévoila, sur un fond d’éclairs et d’orages. Il transmit les dix commandements à Son peuple. En réalité, toute la Torah a été donnée. En effet, toutes les Mitsvot, ainsi que leurs détails, ont été évoqués avec les dix paroles.
Cependant, après cet épisode solennel qu’est le don de la Torah, le texte opère une digression et s’attache à réglementer la confection des Kerouvim (chérubins) qui se trouvaient dans le Michkan, sur l’arche sainte. Ceux-ci ne devaient pas être faits en argent et ne devaient pas dépasser deux.
Puis, la Torah dévie de nouveau pour parler de la règle du Mizbéa’h (autel) où on allait offrir des sacrifices. Celui-ci ne devait pas être confectionné de fer, ni taillé par le fer. Enfin, la Paracha se conclut par l’obligation de mettre une rampe devant l’autel, de sorte que lorsque le Cohen y montera, on ne verra pas sa peau. En effet, comme le Cohen revêtait une robe, si des marches menaient à l’autel, lorsqu’il les monterait, la nudité de son pied se découvrirait alors.
Tout cela nous amène à nous interroger. Pourquoi, après avoir énoncé les dix commandements, la Torah digresse et parle des Kerouvim, de la nature du Mizbéa’h et de l’interdiction de mettre des escaliers pour monter sur le Mizbéa’h ? Surtout qu’apparemment, on ne voit pas trop le rapport entre ces sujets ? D’autant plus que ces règles concernent le Michkan, qui n’était pas encore construit.

Pour répondre à cette question, introduisons un enseignement de nos Sages selon lequel « le peuple Juif détient trois indications : la miséricorde, la discrétion et la charité. Toute personne qui aurait ces qualités pourra s’attacher au peuple Juif ». Ces trois caractéristiques dont il est ici fait questions, ne sont pas de simples qualités, mais plutôt des lignes générales desquelles découleront toutes les bonnes qualités. Et à l’inverse, l’absence de ces trois caractéristiques forgerait tous les vices.
Essayons d’analyser chaque point :
- La miséricorde : Il s’agit en fait de la compassion, du sentiment de proximité avec l’autre et de ne pas se sentir indifférent par rapport à lui. Ainsi, le miséricordieux s’implique dans la situation de son prochain et compatie à sa souffrance. C’est une tendresse du cœur qui s’émeut de la souffrance d’autrui et la prend en considération. Le contraire de ce caractère, c’est la cruauté ou, en hébreu, Akhzariout. Le Akhzar (cruel) c’est celui qui, comme son nom l’indique se sent uniquement étranger (Akh Zar). Il ne ressent aucune approche d’amitié ou de compréhension d’autrui. Il est totalement indifférent aux autres.
- La pudeur : C’est la tendance à se dissimuler, à cacher ses pulsions ses défauts et aussi (et surtout) ses qualitésIl s’agit de rester discret et de ne pas vouloir que ses profondeurs se dévoilent. Selon l’expression, il s’agit de préserver son jardin secret. Il ne s’agit pas d’ignorer ses défauts et ses vices, mais plutôt de bien les connaître, sans les laisser se dévoiler. A l’opposé, la Azout, qui se rend généralement en français par « effronterie », définit l’aspiration à s’extérioriser, à dévoiler ses qualités mais aussi à divulguer ses défauts.
- La charité : C’est la tendance à prodiguer et dispenser le bien. Un homme qui détiendrait ce caractère, donnerait à tout le monde. L’opposée de cela, c’est l’avarice. L’avare aspire, au contraire, à prendre et à profiter de ce monde uniquement pour lui-même.
Ces trois caractères que nous venons d’exposer, sont à l’origine de l’essentiel de ce qui est exigé à un Juif. En effet, il est enseigné dans les maximes des pères que « le monde repose sur trois piliers : « la Torah, le service de D. et la charité ». Ces trois piliers dépendent justement de ces trois caractéristiques que nous avons développé plus haut. D’autre part, leurs tendances opposées, que nous avons également citée, conduisent aux trois interdits capitaux que sont : l’adultère, l’idolâtrie et le meurtre.
C’est ce que nous montrerons à présent. Tout d’abord, il faut savoir que le pilier de la Torah dépend de l’adoption de la pudeur et de la discrétion. C’est en s’entraînant à se « cacher » et non à s’extérioriser que l’on peut mériter la Torah. En effet, la Torah elle-même correspond à l’aspect profond de toute la création. C’est le « cœur » du monde. De fait, comment un homme qui a tendance à se dévoiler pourrait-il mériter la Torah ? La Torah c’est la quintessence de la profondeur. D’ailleurs, la Torah est appelé Torah de vérité, car par elle on perçoit la vérité du monde et on ne se contente pas des apparences. C’est d’ailleurs pour cela que c’est par la Torah que l’on parvient au monde futur.
En effet, la Guemara dit : « Heureux soit celui qui arrive en haut en possession de son étude ». C’est que la Torah mène l ‘homme vers le « monde de la vérité », qui est le monde futur. Ce n’est donc pas par hasard que nos Sages ont enseigné que « L’homme discret ira au paradis ». Mais, en revanche, le manque de discrétion qui s’exprimerait par l’effronterie et l’orgueil mène à l’interdiction de l’adultère, ou, en hébreu, Guilouy Arayot, qui signifie « dévoilement de la nudité », de ce qui doit rester normalement caché. Ainsi, le manque de pudeur entraîne la débauche sexuelle. Mais, cela comprend aussi l’interdiction de médisance, qui consiste à dévoiler et révéler les défauts des autres, qui devraient rester cachés…
Le deuxième pilier du monde, le service de D., dépend, lui, de la miséricorde, même si cela peut paraître curieux. En effet, le service de D. consiste à renforcer son lien et son implication avec D.. Il s’agit de se rapprocher de l’Eternel.
Or, un tel sentiment ne pourra résider que dans le cœur de celui qui l’aura développé vis à vis de son prochain.
Mais, le cruel, le Akhzar, qui se sent étranger par rapportaux autres et se désintéresse totalement d’autrui, ne pourra pas avoir ces aptitudes. Ainsi, le service de D. lui sera éloigné. D’ailleurs, l’opposé du service de D., c’est l’idolâtrie ou, « service étranger » (Avoda Zara). Le rapprochement (que l’on a signalé par les caractères gras) entre tous ses termes n’est pas fortuit. C’est que l’idolâtrie découle du sentiment d’étrangéité et d’indifférence, de la cruauté (Akhzariout).
Enfin, le troisième pilier, la charité, découle, comme on l’aurait compris, de la troisième caractéristique du peuple Juif, qui est aussi la charité. Seul celui qui aura tendance à donner et prodiguer pourra détenir cette bienfaisance. Une personne qui est enracinée dans la tendance du « prendre » ne pourra jamais réaliser des œuvres de charité. Et même s’il lui arrive parfois de donner, ce don n’a rien de véritable. En effet, s’il donne, c’est pour prendre : soit pour qu’on le récompense, soit pour qu’on le remercie… Cela, parce que tout son être est imprégné de la tendance de prendre et de s’approprier. Si on lui refuse ce qu’il veut prendre, il ne trouvera pas cela normal car pour lui, tout lui est dû. Ainsi, il éliminera tout ce qui pourra s’opposer à son désir de la matérialité. De fait, il pourra même en venir à tuer pour obtenir ce qu’il recherche. D’ailleurs, la Guemara rapporte l’histoire d’un homme qui en est arrivé à tuer car parfois, il prenait des autres. Ainsi, il avait cultivé ce défaut du « prendre », qui l’a conduit au meurtre.
En résumé, la pudeur conduit à la Torah et son contraire à l’adultère. La miséricorde mène au service de D. et son contraire à l’idolâtrie. Et enfin, le caractère de donner mène à la charité et son contraire peut conduire au meurtre. Les fondements généraux que sont la Torah, le service de D. et la charité dépendent étroitement des trois caractéristiques du peuple Juif. Leur opposé extrême mène aux trois interdits capitaux que sont l’adultère, l’idolâtrie et le meurtre. Ils représentent la matérialisation du contraire de la Volonté de D.. C’est pourquoi, ces trois interdits sont si graves, à tel point qu’on ne peut pas les transgresser, même pour sauver sa vie. C’est pourquoi, la Torah fait allusion à ces trois sujets à la fin de la Paracha de Ytro, après que l’on est reçu la Torah. C’était le moment idéal pour les spécifier, car c’est alors que le peuple Juif c’est vraiment constitué comme peuple. Les trois caractéristiques les correspondant doivent alors se réaliser. C’est ainsi que la Torah écarte les trois interdits capitaux, dans leur application la plus fine. Ainsi, la Torah traite alors du sujet des chérubins, qu’il ne fallait pas concevoir en argent et qu’il fallait limiter à deux. En effet, un écart à cet avertissement transformerait ces chérubins en idolâtrie.
Puis, la Torah interdit de tailler le Mizbéa’h avec du fer. En effet, comme nos Sages l’expliquent, le fer a été créé pour raccourcir la vie de l’homme (l’épée et les armes blanches sont faits à base de fer). Ainsi, il s’agit d’un avertissement à l’interdiction du meurtre.
Enfin, la Torah interdit de placer des marches pour monter sur l’autel « pour ne pas que ta nudité se dévoile sur l’autel ». Cela est une allusion à l’adultère ou dévoilement de la nudité (Guilouy Arayot).
La Torah a tenu à écarter les applications les plus infimes de ces trois interdits capitaux dans le cadre du sanctuaire (l’arche sainte pour les chérubins et l’autel). Cela, pour bien spécifier que leur l’éloignement constitue le fondement du peuple d’Israël et de toute la Torah. C’est pourquoi, le texte fait allusion à tout cela justement après le don de la Torah et une fois que le peuple d’Israël s’est vraiment constitué comme peuple.




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