Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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MICHPATIM
Parachat Michpatim parRav D. Yelloz


« Quand tu prêteras de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne sois pas pour lui comme un créancier, ne lui impose pas d’intérêts ». (Exode 22 – 24)

La Torah encourage ceux qui en ont la possibilité, à prêter de l’argent a ceux qui en manquent et en ont besoin : les pauvres.
La Torah renforce cette Mitsva par deux interdits concernant le prêteur : il ne devra pas se conduire vis-à-vis de l’emprunteur comme un créancier, et il n’a pas le droit de lui imposer un intérêt.

Le fait que ces deux interdits aient été juxtaposés dans le même verset nécessite une explication, car de prime abord, ils n’ont rien en commun : le premier est au singulier et concerne le prêteur qui doit faire preuve d’humilité et d’amabilité vis-à-vis de son emprunteur et de lui éviter tout désagrément, le deuxième est au pluriel et s’apparente aux lois du marché et de la finance.
En fait, il semble que la pratique de l’usure soit tout à fait rationnelle puisque le prêteur aurait pu faire fructifier son argent, de plus, il n’y a aucun mal apparent à exiger un loyer sur ses deniers prêtés de même qu’on réclame un loyer pour une maison ou une voiture, chose acceptée de tous !

Rabbi Chimchon Rafaël Hirsch* apprend de cette simple et étonnante juxtaposition certaines règles de la vie sociale. Si l’interdit de se comporter comme un créancier vient modérer et parfaire le comportement et l’état d’esprit du prêteur, l’interdit de pratiquer l’usure est, quant à lui une loi sociale de laquelle dépend l’équilibre fragile de toute la société. Les différences sociales sont une réalité qu’on ne peut ignorer : il y a des riches et des pauvres, des puissants et des faibles… La Torah ne cherche pas à effacer cette inégalité mais à la rendre supportable et vivable s’assurant que le riche et puissant ne devienne pas un dictateur, et que le pauvre ne soit pas oublié ni méprisé. Chacun doit être conscient de l’importance de l’autre et du rôle que celui-ci peut remplir dans la société que nous vivons ensemble.
La puissance des riches se base sur l’argent, or l’argent est une matière morte qui ne produit rien. La seule façon de le mettre en valeur, de le faire fructifier et d’en profiter longtemps, c’est en l’investissant dans les différentes branches commerciales : l’immobilier, la technologie, le commerce…et pour cela, il faut faire appel à la main d’œuvre des classes plus pauvres. C’est là qu’apparaît la force du pauvre : ci celui-ci refuse son aide, le riche restera bloqué avec son argent (c’est ce qui se passe lorsque les travailleurs se mettent en grève !)
Cette situation de dépendance mutuelle assure l’équilibre de la société par le respect et non par la force !
C’est pourquoi la Torah prohibe la pratique de l’usure, non seulement vis-à-vis du pauvre qui va s’appauvrir encore plus, mais aussi à l’encontre d’un autre riche, (et même un emprunteur consentant, ainsi que les témoins du prêt sont visés par cet interdit) car cela permettrait au riche de se suffire à lui-même, de s’enrichir sans avoir recours à l’ouvrier qui, ainsi court-circuité n’est plus protégé ni respecté et tombe dans l’oubli. La société entière en serait touchée et déstabilisée. L’interdit de prêter de l’argent avec intérêt constitue donc ce ciment qui regroupe les différentes couches sociales et les unit. Le riche est enclin à aider le pauvre qui n’hésitera pas à respecter son bienfaiteur et à lui prêter main forte.
De plus, on peut y voir un rappel à D. : en empêchant le riche de prêter son argent avec intérêt, la Torah nous rappelle qu’il n’est pas seul maître de son bien. D. en est le véritable Maître absolu et c’est Lui qui établit les règles.

Rabbi Haïm Chmoulevitz** voit dans cette pratique une falsification de la bonté et de la générosité. Nos sages nous enseignent (Pirkei Avot, Maximes des Pères), que :
« Sur trois piliers tient le monde : sur l’étude de la Torah, sur le rituel des sacrifices (aujourd’hui remplacé par nos prières), et sur le Hessed, la bonté. »

Il va de soi, que de tels piliers doivent être extrêmement solides, vu l’importance de ce qui repose sur eux. Il ne viendrait pas à l’esprit d’un architecte de remplacer un pilier de soutien en béton par un pilier en plastique, même s’il a la même couleur !
Prêter sans intérêt est du Hessed solide, du vrai, de l’authentique. Prêter avec intérêt, c’est du commerce ! Cela ressemble à du Hessed mais cela n’en est pas ! C’est du faux Hessed, du synthétique qui affaiblirait considérablement les fondations sur lesquelles repose le monde.
Que D. nous permette de participer au vrai Hessed et de faire partie de ceux qui protègent le monde et sa société !




* Rabbi Chimchon Rafaël Hirsch (né en 1808 en Allemagne)
Il dirigea la communauté juive orthodoxe de ce pays au XIXème siècle. En 1848, il lutta pour l’égalité des droits en faveur des juifs de Moravie dont il était le Rav, puis en tant que Rav de la communauté Adath Yéchouroun de Francfort, il lutta contre les mouvements de réforme à la mode à cette époque.

** Rabbi Haïm Chmoulevitz : Gendre de Rav Nathan Tsvi Finkel de Slabodka. Rabbi Haïm dirigea la Yéchiva de Mir dans ses pérégrinations à Shanghai pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis à Jérusalem. Il s’illustra par ses chiourims (cours) profonds et magistraux, mais aussi par ses extraordinaires leçons de morale et d’éthique juive.


Prêter, une mitsva révolutionnaire
Par le Rav Eliahou ELKAIM,

Une des mitsvoth dont parle la paracha cette semaine attire notre attention sur l’action de prêter de l’argent aux nécessiteux, acte bien plus important qu’on ne l’imagine

« Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne sois point à son égard comme un créancier, n’exige pas de lui des intérêts. » (Exode 22 ; 24)
Le premier mot de ce verset en hébreu est « im », et Rachi dans son commentaire explique, au nom de nos maîtres, que ce mot, qui se traduit généralement par « si », suggère un acte facultatif. Néanmoins, concernant trois mitsvoth de la Thora, le vocable « si » entraîne d’autres concepts. Et notre verset concerne l’une de ces trois situations…
En effet, le mot « im » doit être compris dans ce cas comme « lorsque » et entraîne une obligation. Nos maîtres prouvent le caractère obligatoire de cette action grâce à un autre verset dans le Deutéronome.
« S’il y a chez toi un indigent parmi tes frères, dans l’une de tes villes, dans le pays que l’Eternel ton D.ieu te destine, tu n’endurciras point ton cœur, et tu ne fermeras point ta main à ton frère nécessiteux. Ouvre-lui plutôt ta main ! Prêtes-lui en fonction de ses besoins, prêtes-lui ce qui peut lui manquer ! » (Deutéronome 15 ; 7, 8)
Un sens profond
Maïmonide (Lois des prêts, chapitre 1 p.1) et le Choul’han Arou’h (‘Hochen Michpath chap 97 p.1) fixent précisément les règles de cette mitsva. « L’une des lois positives de la Thora est celle qui nous enjoint de prêter de l’argent à nos frères dans le besoin. Cette mitsva est plus importante que celle de la Tsedaka (aumône), car le pauvre qui sollicite un prêt subira moins de honte que celui qui demande la charité.En outre, grâce à un prêt, celui qui l’a sollicité pourra parfois sortir de sa mauvaise situation financière et ne pas arriver au stade de demander l’aumône. Il est aussi une mitsva de prêter au riche, s’il en a besoin. Mais le pauvre garde la priorité, même s’il est plus tentant de prêter au riche qui pourra plus facilement rembourser et qui pourra, par la suite, nous manifester sa reconnaissance. » (Ahavath ‘Hessed, chap.1)
Une étude attentive des textes va nous permettre de comprendre le sens profond de cet acte, demandé par la Thora. Agir avec son cœur .La première question qui vient à l’esprit est de se demander pourquoi la Thora a choisi un langage ambigu, qui peut être interprété comme un acte facultatif, laissant à nos maîtres le soin de découvrir qu’il s’agit en réalité d’une obligation. N’aurait-il pas été plus simple d’utiliser un langage clair, en disant par exemple : « Tu as le devoir de prêter au pauvre » ? Ainsi, aucune équivoque n’aurait été possible. Le Maharal (Gour Arié Chemoth 20, 22) décèle dans cette ambiguïté une intention très spéciale de la Thora. Dans l’accomplissement des mitsvoth, c’est l’acte proprement dit qui compte. Même si celui qui agit le fait avec une sensation de contrainte, la mitsva a été accomplie. Agir par amour pour son Créateur élève l’acte à un niveau supérieur, mais ce niveau n’est pas indispensable dans l’accomplissement des mitsvoth. La mitsva de tsedaka, et plus particulièrement celle de prêter de l’argent au pauvre, diffère en cela des autres mitsvoth. Agir avec son cœur fait partie intrinsèque de cette mitsva. C’est la raison pour laquelle la Thora emploie un langage qui sous-entend un caractère facultatif, nous laissant libre de notre décision même si, en réalité, la Thora nous ordonne de prêter au pauvre, il faut accomplir cet acte de façon volontaire, comme entraîné par une décision personnelle, sans avoir besoin de l’ordre divin.Notre cœur et nos sentiments doivent nous y amener.Sinon, cette mitsva est vidée de son sens, de sa substance.
Le Maharal poursuit dans un autre texte (Netiv Hatsedaka chap 6) : « Pourquoi la Thora nous demande-t-elle de prêter au riche, alors qu’il y aurait sans doute d’autres moyens pour se sortir d’affaire ? C’est que le peuple juif est Un et que ses membres sont appelés des frères. Or, cette unité n’est réelle que s’il existe une interaction entre chacune de ses partie : Chaque juif doit recevoir ou donner à un autre. On pourrait comparer cette situation aux différents membres d’un même corps, qui dépendent les uns des autres de façon vitale. En fait, la priorité du pauvre sur le riche pour recevoir un prêt ne s’explique que par la situation extrême dans lequel ce pauvre serait acculé sans ce prêt, perdant tout moyen de subsistance.Mais pour réaliser l’Unité du peuple Juif, le riche doit également pouvoir recevoir un prêt.On le voit, l’intention de la Thora dépasse le simple souci social et technique de subvenir aux besoins des pauvres. L’Unité au sein du peuple juif, recherchée par le biais de cette mitsva, ne pourra être atteinte que si cette mitsva est accomplie dans le plaisir et dictée par le cœur.
Un dépôt de D.ieu
Rabbi ‘Haïm Ben Attar dans son commentaire le Or Ha’haïm hakadoch, apporte une nouvelle dimension à cette mitsva.
Pourquoi, se demande-t-il, certains sont-ils gratifiés d’une richesse et d’une opulence sans commune mesure avec leurs véritables besoins, alors que d’autres ne peuvent même pas subvenir aux premières nécessités. Quel intérêt le Créateur a-t-il trouvé dans ce partage des biens de ce monde ? N’y a-t-il pas assez de richesse pour chacun

D.ieu, pour des raisons qui nous dépassent, décide que certains n’obtiendront pas leurs moyens de subsistance dans la facilité. Le monde contient suffisamment de ressources pour répondre aux besoins de chaque ETRE.. Mais D.ieu a choisi de déposer la part de certains chez d’autres, la part des pauvres chez les riches. Deux buts sont ainsi atteints :
- Le pauvre, qui aurait de toute façon dû traverser des épreuves, va trouver les moyens de sa subsistance par la difficulté et la honte de solliciter le riche.

- Le riche trouvera par le prêt ou le don l’occasion d’acquérir un mérite supplémentaire.

Les mots de notre verset prennent alors un sens presque révolutionnaire :« Si tu as de l’argent plus que tes besoins ne l’exigent, sache que c’est en fait l’argent du pauvre qui est en dépôt chez toi. Tu dois le lui transmettre en le lui prêtant. »

Le langage ambigu choisi par la Thora cache donc une idée fondamentale. La mitsva de tsedaka et de Gmilouth ‘Hassadim (prêt aux nécessiteux) n’est pas lié à la pitié ou à la compassion, mais avec la simple justice.
Les économies qui rapportent
Le ‘Hafets ‘Haïm, dans son ouvrage Ahavath ’Hessed, développe l’importance extraordinaire du prêt sans intérêt (Guemilouth ‘Hassadim, Gma’h). Plus encore, il conseille à chaque personne de mettre de côté une somme d’argent disponible à tout instant, et réservée uniquement à cette mitsva. Cette habitude facilite techniquement la possibilité du prêt, et freine le yetzer hara (mauvais penchant), qui peut nous empêcher de réaliser cette mitsva, pour de prétendues raisons de liquidités. Dans une biographie du ‘Hafetz ‘Haïm, on raconte qu’un cocher qui accompagnait le grand rav dans ses déplacements, lui demanda un jour comment un homme comme lui, pouvait acquérir de nouveaux mérites. Le Maître lui conseilla de créer une caisse pour prêts sans intérêts. Le cocher pensa que le rav se moquait de lui, car comment un cocher, qui avait du mal à subvenir à ses besoins les plus élémentaires, pouvait créer une caisse de prêt ? Le «’Hafets ‘Haïm lui répondit que la somme n’avait pas besoin d’être importante, et qu’il pouvait mettre chaque semaine quelques centimes de côté pour ainsi pouvoir aider un ami à faire ses achats du Chabbath. Ce cocher raconta des années plus tard, qu’il avait réussi avec le temps à constituer une caisse tout à fait honorable, et que des dizaines de personnes purent en bénéficier.
Les sentiments les plus purs
La suite du commentaire de Rachi sur une partie de notre verset : « …de mon peuple, au pauvre …», nous éclaire sur un autre aspect de l’accomplissement de cette mitsva. Il explique : « Ne lui manifeste pas ton dédain car il est un membre de mon peuple. » Et Rachi de poursuivre sur un autre passage du verset : «… au pauvre (qui est) avec toi… » : « Observe-toi comme si tu étais toi-même le pauvre. » Deux aspects de la mitsva son ici abordés, concernant l’esprit dans lequel nous devons agir : sans dédain et comme s’il s’agissait de nous-mêmes.
Le rav Sim’ha Zissel de Kelm, z’l (le fameux Sabba de Kelm) expliquait à ce sujet : la Thora exige que nous ressentions profondément les sentiments de celui qui nous sollicite, que nous prenions conscience de sa situation. Pour cela, la Thora nous propose une méthode un peu spéciale, mais incontournable : il faut faire vivre dans notre imagination notre propre image, et nous voir comme si nous étions nous-mêmes dans cette situation. Avoir pitié ne suffit pas, la Thora nous demande de ressentir ce que l’autre ressent, lui qui est dans le besoin. Ce sont nos sens et non seulement notre intellect, qui doivent participer à cet effort. Il faut s’identifier à celui qui nous sollicite à tel point que l’on puisse « s’observer » dans cette situation délicate. C’est seulement quand les sens, notamment la vue, sont mis en action, que les sentiments les plus purs et les plus profonds sont éveillés.

De cette façon, le mal disparaîtra de la terre, lors de la venue de notre Juste Machia’h, très bientôt et de nos jours




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