Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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TEROUMA
Térouma-Tétsavé:
Pae le Rav D. YELLOZ


Dans la Paracha Terouma, D… demande aux Bné-Israël de prélever le nécessaire à la construction du Michkan, le Tabernacle, qui prendra place au centre du campement des Bné-Israël dans le désert. La Torah trace le « design » de chaque élément du Midrach et leur emplacement.
Dans la Paracha Tetsavé, D… leur demande de confectionner un magnifique uniforme pour Aharon le Cohen Gadol, grand-prêtre, et pour ses quatre fils.
Puis D… expose la manière par laquelle Aharon et ses fils seront investis dans leur nouvelle fonction. Le tout avec une telle précision qu’on pourrait s’imaginer, ci ce n’est le texte qui est écrit au futur (obtenu avec un passé transformé par la lettre vav), que le Michkan est déjà fonctionnel.
On remarque l‘ordre adopté par la Torah: du plus important, sacré, intérieur: l’arche sainte, pour terminer par l’enceinte extérieure du Michkan.
Pourtant une pièce manque dans la liste: il s’agit de l’Autel des encens qui était recouvert d’or pur et se trouvait proche de la Ménora (Chandelier) et du Choulkhan (Table). La Torah en parle tout à la fin de la Paracha Tétsavé, alors qu’il aurait fallu en parler avec la Ménorah et le Choulkhan au début de Térouma?
Si on est attentif, on remarquera que la Torah désigne l’emplacement de ces éléments différemment bien qu’ils se trouvaient tous dans la même pièce. Ainsi pour la Ménorah et le Choulkhan il est simplement dit qu’ils se trouveront à l’extérieur du Rideau, placés l’un en face de l’autre. Par contre, à propos de l’Autel des encens il est dit: « tu le placera face au le Rideau…, devant le couvercle …»
Rachi met l’accent sur le fait que cet Autel devait se trouver exactement en face de l’Arche Sainte.
On est à même de percevoir que même si ces trois éléments sont placés dans une même pièce, ils n’appartiennent toutefois pas au même « repère spirituel»: la Ménorah et le Choulkhan sont face à face à l’extérieur du Voile, alors que l’autel est face à l’Arche sainte et face au Rideau.
Les sangs des sacrifices de Kippour qui étaient aspergés en direction du Rideau et de l’Arche sainte l’étaient aussi sur cette Autel. Le Talmud (Traité Betsa 23a) propose 2 sens à la racine KeToRet: un encensement ou un lien. On comprend que cet Autel remplissait une fonction très particulière et essentielle: il assurait symboliquement le lien et l’attache entre D… et les Bné-Israël, entre le monde céleste et le monde terrestre.
Pour simplifier, imaginons que le rideau est un mur, l ’ Arche sainte avec ses perches fait office de générateur, de source d’énergie et, de l’autre côté du mur, l’Autel avec ses perches qui se trouve dans l’alignement de l’Arche sainte, ressemble à une prise de courant permettant aux flux célestes de se propager au travers du Temple, d’Israël et des Bné-Israël pour tout l’univers.
Cela explique les nombreuses Ségoulot (facultés) attribuées à la Kétorét: il éloigne les mauvais décrets, garantit la subsistance, développe l’amour entre D… et les Bné-Israël et facilite le pardon. De plus, selon le Talmud Jérusalmi, le feu qui consumait les encens sur cet Autel était uniquement un feu Céleste!




Dans cette Paracha, D. demande aux Bné Israël d’offrir le nécessaire pour la construction d’un Michkan, un temple, qui constituera, au cœur du camps d’Israël, parmi les Bné Israël, un lieu de « résidence » de la Chékhina. C’est D. qui va définir lui-même les plans de cette construction dans ses moindres détails, ainsi que tous les ustensiles qui devront s’y trouver. Tout en étant un édifice matérialisé, le Michkan a eu droit à une planification spirituelle ! Ce qui permet à nos Sages et nos Maîtres de dire que le Michkan représente, en miniature tout l’univers ainsi que toutes les créatures et forces qui l’animent.

Le Ramban* (Na’hmanide) rajoute que toutes les manifestations qui s’y déroulaient tendaient à évoquer et rappeler toutes celles qui eurent lieu au Mont Sinaï, lors de Matan Torah, le don de la Torah.
Avec un tel programme, il est bon aloi de chercher (et trouver), pour chaque détail en rapport avec le Michkan, un message, un enseignement qui nous concerne et nous invite à la réflexion.

On va s’attarder sur ce qui est dit à propos du Aron, l’Arche Sainte dans laquelle étaient entreposées les secondes tables de la Loi ainsi que les débris des premières cassées par Moché Rabbénou après la faute du veau d’or. Cette arche se trouvait dans le Kodesh Hakodashim, le Saint des Saints, et constituait l’organe vital et essentiel du Michkan.
D. dit (Exode, 25-10,11)
«Ils feront une arche (caisse, écrin), en bois de Chittim, deux coudées et demi sa longueur, une coudée et demi sa largeur et une coudée et demi sa hauteur. Tu la recouvriras d’or pur, de l’intérieur et de l’extérieur tu la recouvriras, tu feras sur elle une bordure d’or (un diadème) autour »
A la lecture de ces versets, il semblerait que le matériau principal utilisé pour l’arche était du bois, celui-ci étant simplement « plaqué or ».
En fait, Rachi, dans son commentaire, rapporte l’enseignement de Nos Sages (traité Yoma 72b) duquel il ressort que l’Arche était composé de trois caissons : deux en or et un en bois qui s’emboîtaient l’un dans l’autre ; le caisson en bois était introduit dans un caisson en or, et le deuxième coffre en or était à son tour introduit dans celui en bois, puis le bord supérieur était à son tour recouvert d’or. Suite à cette description, il est étonnant que la Torah mette en valeur le bois comme étant la matière principale de l’Arche alors que c’est plutôt l’or qui est le matériau noble et majoritaire ?

A l’opposé de l’or qui est un composite stable et inaltérable, le bois lui est une matière qui, vit et se développe. Ce qui symbolise le mieux la Torah, c’est le bois !
La Torah se développe éternellement et permet à ceux qui l’étudient d’évoluer constamment. On y trouve une réponse aux problèmes soulevés par l’actualité dans tous les domaines. La Torah n’est pas une science figée dans les temps anciens et elle ne paralyse pas intellectuellement ceux qui en font la base et la directrice de leurs pensées, réflexions et méditations.

« Elle est un arbre de vie pour ceux qui la détiennent… »

Mais, tout comme le bois, elle a besoin d’être protégée des attaques de l’extérieur et de l’intérieur. Il faut la soustraire de l’influence du monde profane et matérialiste qui nous entoure, mais aussi des déviations subtiles et graves qui peuvent être causées par les mauvais caractères, penchants, et impulsions de celui qui étudie. C’est pourquoi, symboliquement, la Torah nous enjoint de recouvrir le caisson de bois par deux caissons d’or de l’intérieur et de l’extérieur : le coffre de bois est le plus important et c’est lui qui définit l’Arche de la façon la plus authentique. C’est un arbre vivant que les deux caissons d'or viennent protéger et garantir la pureté.
La Torah est une science bien vivante dont l’étude et le développement nécessite une structure et un cadre adapté et protecteur.

* Ramban : Rabbi Moché Ben Nahman, appelé aussi Na’hmanide
Penseur exégète et médecin, né à Gérone en Espagne en 1194 et décédé en Israël en 1270 où il s’installe dès 1260 à Jérusalem. Rav de Gérone puis de Catalogne d’où il fut exilé, il vécut aussi en Castille et en France où il fonde une académie réputée à Acre. Il est l’auteur d’un commentaire sur le Pentateuque et le Talmud et de nombreux écrits dont la fameuse « lettre sacrée » et « La dispute de Barcelone » sur sa controverse religieuse avec un apostat.

Par le Rabbin Daniel Yelloz


Le Michkan : un moyen de réparer la faute du veau d’or
Par mikael MOUYAL

La Paracha de Terouma est la première des quatre sections qui traitent de la construction du Michkan (tabernacle). D.ieu enjoint : « Ils me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux » (Exode 25 : 8).
Nos Sages enseignent que c’est le lendemain de Kippour, jour où les Hébreux ont obtenu le pardon pour la faute du veau d’or, qu’ils ont reçu l’ordre de procéder aux prélèvements pour la construction du Michkan, lieu où D.ieu résidera. C’est que le Michkan est « un témoignage que la faute du veau d’or a bien été pardonnée ». Mais quel est le rapport entre la faute du veau d’or et le Michkan ? Pourquoi cette faute a entraîné la nécessité du Michkan et en quoi le Michkan en est la réparation ?
Pour comprendre les conséquences de la faute du veau d’or, le Talmud au traité Chabbath (146a) explique qu’après la faute d’Adam, l’impureté s’est attachée à l’homme. Puis au moment où les Juifs reçurent la Torah devant le mont Sinaï et affirmèrent : « Nous ferons puis nous écouterons », cette impureté disparut. Mais, après la faute du veau d’or, elle réapparut. Si le don de la Torah était une réparation de la faute d’Adam, la faute du veau d’or fut son rétablissement. Mais là encore, quel rapport y a-t-il entre la faute de Adam et celle du veau d’or, qui ont eu un effet parallèle?
En fait, puisque ce sujet est lié à la faute de Adam, il faut remonter à la création du monde. Avant que D.ieu ne crée le monde, Sa présence infinie était manifeste. Rien ne le voilait et ne lui faisait ombre. Mais, comme il n’y a pas de roi sans peuple, Il décida de créer le monde, un monde matériel. Pour se faire, il a dû voiler Sa grande lumière pour laisser place à la matière. C’est seulement de cette façon qu’Il en vint à créer le monde. Cela signifie que ce monde cache la lumière de D.ieu. Il obscurcit Sa grandeur. Après la création, la Présence de D.ieu n’est plus évidente dans ce monde. Ceci se retrouve dans l’étymologie même du terme hébreu Olam qui signifie le monde. La racine de ce mot est Heélem, qui signifie « voile ». Le monde est bien le voile de D.ieu. (Voir Thora Ohr sur Genèse 1 :1)
Mais pourquoi avoir créé un monde pareil, où Sa Présence serait dissimulée ?
En fait, c’était essentiellement pour créer l’homme. L’homme est l’élu de la création. Et D.ieu a donné à l’homme les forces permettant de dévoiler la présence de D.ieu dissimulée dans ce monde. Lorsque l’homme choisie le bien, il repousse ainsi un peu l’obscurité de ce monde. Pour cela, il doit rester humble. C’est en s’effaçant qu’il permet à D.ieu de se dévoiler. Si l’homme se considère comme une existence à part entière et s’imprègne d’orgueil, par cela, il cache et voile l’existence de D.ieu. L’homme fait ainsi ombre à D.ieu. Mais, s’il reste humble et s’efface devant D.ieu, alors D.ieu pourra se manifester dans toute sa gloire.
Cela permet d’éclairer un passage du Talmud qui dit que D.ieu ne peut résider avec l’orgueilleux. C’est que par son orgueil, l’homme repousse D.ieu, en quelque sorte.
Mais malheureusement, l’homme n’a pas respecté son contrat. D.ieu lui avait interdit de consommer le fruit de la connaissance du bien et du mal. Mais, le serpent arriva avec ses arguments et dit à Eve que si elle mangeait du fruit, elle deviendrait semblable à D.ieu, capable de créer des mondes (Rachi sur Genèse 3 :5). Par cette argumentation, il introduisit en elle cette orgueil : « Vous serez comme D.ieu » (Genèse 3 :5).
Mais par une telle approche, l’homme fait ombre à D.ieu et intensifie le voile à la divinité. Tel est le sens de l’argument du serpent. Par sa faute et son orgueil, l’homme en viendra à « créer des mondes (Olam) », ces mondes masquant et voilant de plus bel le Créateur. En mangeant le fruit, Adam et sa femme bafouèrent le but fixé dans la création qui consistait à ce que par leur humilité face à la Parole de D.ieu, ils laissent la place à l’Eternel. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit. L’orgueil de l’homme l’emporta, dissimulant encore plus le Créateur.
La réparation serait donc de se faire plus petit, de se cacher devant D.ieu. C’est pour cela qu’il devenait nécessaire de porter des habits. Il fallait se cacher pour réparer la faute dont l’origine était la volonté de se montrer, de se considérer. L’habillage qui exprime la décence et la pudeur est un moyen de se cacher et de ne pas se montrer. C’était le moyen de contrecarrer l’idée pécheresse qui a conduit à la faute.
Tout ceci se prolongea jusqu’au jour du don de la Torah. Alors, les Juifs affirmèrent : « Nous ferons puis nous écouterons ». Par là, ils affirmèrent leur abnégation totale à D.ieu. Ils étaient prêts à accomplir Sa Volonté avant même de la comprendre. De cette façon, ils retrouvèrent cette situation idéale d’Adam avant la faute. Ils repussèrent l’impureté de la faute, l’impureté de l’orgueil. Mais, lorsqu’ils firent le veau d’or, ils perdirent de nouveau cet état.
C’est que la faute du veau d’or consistait à vouloir comprendre la divinité et se la représenter. Il s’agissait là encore d’une faute d’orgueil. D’ailleurs, nos Sages au traité Sotta (4b) affirment que « l’orgueilleux est considéré comme un idolâtre ». L’idolâtrie n’est rien d’autre que l’expression de l’orgueil humaine. Par la faute du veau d’or, les Juifs perdirent l’acquis du don de la Torah. Ils repoussèrent de nouveau la lumière infinie de D.ieu.
Le moyen de réparer cette faute fut, là encore, l’humilité. Il fallait se limiter. C’est pourquoi, il fallait construire le Michkan, le Tabernacle. Par là, la volonté de l’homme sera limitée. L’homme ne pourra plus faire des sacrifices partout, là où il veut. Il sera limité au Michkan. Celui-ci est donc bien un lieu de limite et de concentration. C’est l’expression de l’humilité. C’est en ce sens que le Michkan permet de réparer la faute du veau d’or, au même titre que l’affirmation du « Nous ferons puis nous écouterons » était le réparateur du pêché originel.
C’est d’ailleurs pour cela que la construction du Michkan devait se faire à travers des prélèvements. Chaque Juif devait donner de ses biens. Le but de cette opération était d’obtenir que chacun se limite et se diminue, d’un point de vue matériel et financier. Tout cela va dans le même sens.
Ainsi, le Michkan fut la réparation de la faute du veau d’or à l’instar du « Nous ferons puis nous écouterons » qui était le réparateur du pêché originel. L’idée étant l’humilité.

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