Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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VAYAKEL
Comment acquérir un sentiment religieux profond


La Paracha de cette semaine parle essentiellement de la construction du Michkan, après l’instruction du respect de Chabbath. La construction du Michkan a déjà été évoquée dans les sections précédentes, dans Terouma et Tetsavé. Cependant, on peut remarquer certaines différences entre le récit de cette construction qui est fait dans ces sections et ce récit fait dans notre Paracha. Dans la Paracha de Terouma, la construction du Michkan est décrite de l’intérieur vers l’extérieur. Ainsi, la Torah commence par traiter de l’arche sainte, puis de la Table, puis de la Menorah (candélabre), pour terminer avec l’extérieur du Michkan, la tante proprement dite. Cependant, dans notre Paracha, lorsqu’on en vient à réaliser concrètement ce Michkan, on peut s’apercevoir que les choses sont inversées. La Torah commence par décrire la réalisation de la tante, avec les poutres et les tentures. C’est seulement après qu’on en vient à parler de l’intérieur du Michkan à travers l’arche, la Table et la Menorah. Ainsi, la réalisation externe du Michkan précède ici la conception de son intérieur. Ceci nécessite bien sûr d’être compris. Comment se fait-il qu’il y ait un décalage entre la description du Michkan, dans la Paracha de Terouma, et sa réalisation dans notre Paracha ? Une explication consiste à dire que l’usage est de construire la maison avant d’y mettre les meubles. De fait, il fallait commencer par la construction externe du Michkan avant de procéder à celle de l’intérieur, des « meubles ». Mais, cela n’est pas suffisant. En effet, s’il en est bien ainsi, pourquoi l’ordre normal est inversé dans la Paracha de Terouma ? Pourquoi les meubles précèdent-t-ils alors la maison ? Une autre différence flagrante peut être rapportée. Dans la Paracha de Terouma et Tetsavé, seul Moché est nommé le chef de la réalisation du Michkan. Ainsi, toutes les recommandations concernant sa construction lui sont adressées. Seulement, cela ne dura pas longtemps. Déjà dans la Paracha de la semaine dernière apparut un changement soudain. D. dit à Moché : « Vois que J’ai nommé Betsalel fils d’Ouri fils de ‘Hour de la tribu de Yehouda ». Et c’est lui qui sera désormais investi de la mission de construire le Michkan. Il nous faut comprendre ce retournement de situation totalement inattendu. Pourquoi est-ce Betsalel qui fut choisi plutôt que Moché ? Enfin, à la suite de la description du Michkan décrite dans les Parachiot qui précèdent, la Torah rapportent alors la Mitsva de respecter Chabbath. Ainsi, le Chabbath suit le Michkan. Pourquoi donc dans notre Paracha, le Chabbath précède le Michkan ? L’ordre est de nouveau inversé ! Du fait que Chabbath précède le Michkan, les Sages déduisent que le Chabbath est plus important que le Michkan. Sa construction ne peut donc se faire Chabbath. De fait, pourquoi dans les Parachiot qui précèdent, Chabbath suit le Michkan ? Pour comprendre tout cela, il faut rapporter un enseignement du Rambam qui expose la différence entre deux types de personnes dites « religieuses ». Il y en a de ceux qui sont pieux, désirant accomplir les Mitsvot et n’éprouvant plus de tentation pour le mal. Ils sont portés d’eux-mêmes vers les bonnes actions. Mais il y en a d’autres qui « maîtrisent leurs mauvais penchants ». Ils éprouvent une attirance pour le mal et les mauvais désirs, mais réussissent à se maîtriser et accomplissent les Mitsvot et évitent de fauter. Cette différence peut se retrouver, à un certain niveau, concernant Adam, le premier homme, avant la faute et après celle-ci. Lorsque D. le créa, il était totalement pur. Il n’avait pas de tentations internes. Le mal ne faisait vraiment pas partie de lui. Le mauvais penchant qu’incarnait le serpent était à l’extérieur de lui. Le mal était donc dehors. L’homme était si parfait et si pur qu’il ne devait pas mourir. Sa vie devait être éternelle. Ainsi, son service de D. était positif. Au moment du don de la Torah, les Juifs étaient au même niveau. Ils étaient libérés du mauvais penchant. Celui-ci sortit d’eux. Lorsque Adam commit la faute (après sa femme), il introduisit le mal à l’intérieur de lui. A présent, il devait lutter contre le mal. Ce combat entre le bien et le mal devait être continuel. Ainsi, le mal, qui était à l’extérieur, est devenu intérieur. La lutte s’en trouvait beaucoup plus corsée. Cette situation était celle des Juifs au mont Sinaï, après la faute du veau d’or. Ils se rabaissèrent à ce niveau d’Adam après la faute. Le mal les réintégrèrent… Ils étaient réduits à présent à être ce que le Rambam appelle « ceux qui maîtrisent leurs mauvais penchants » et ses tentations. Ils n’étaient plus ces « pieux », libérés de toutes tentations. Le service de D. étaient alors plutôt négatif. Il s’agissait de ne pas se laisser attirer dans les filets du mauvais penchant. Ces deux situations, celle d’avant la faute du veau d’or et celle d’après, sont reflétées par les deux Tables de la loi. Les premières incarnaient le niveau idéale positif du peuple Juif avant la faute du veau d’or. Mais, après cette faute, les Juifs perdirent ce niveau. On comprend donc que ces Tables ne convenaient plus. Il en fallait de nouvelles, moins élevées. D’ailleurs, ceci s’exprime par le commandement du respect de Chabbath. Dans les premières Tables, il est dit : « Souviens-toi du jour de Chabbath ». Ainsi, l’approche était positive, à l’image du niveau des Juifs. Mais après la faute du veau d’or, ceci ne convenait plus. L’injonction devait alors être : « Garde le jour du Chabbath ». Il s’agit désormais de se garder de transgresser. L’approche est donc négative. La Paracha de Terouma se trouve avant la faute du veau d’or. Le Michkan, à l’instar des Tables de la lois, reflètent le niveau spirituel des Juifs. Avant le veau d’or, l’intériorité des Juifs étaient intègres. Il ne restait donc qu’à parfaire et purifier l’extérieur, le mal se trouvant à l’extérieur des Juifs. C’est pourquoi, la description du Michkan fut de l’intérieur vers l’extérieur. Tout d’abord la Torah a décrit les ustensiles internes, les meubles. Puis, elle s’est intéressé à l’extérieur, à la maison. C’est que le processus était bien celui-ci. Il s’agissait d’étendre la purification et la sanctification vers l’extérieur, l’intérieur l’étant déjà. Mais, après la faute du veau d’or, la situation fut différente. Le mal s’intériorisa. A présent, pour pouvoir purifier son intérieur, pour faire naître le désir pour la sainteté qui a été soldé par le désir pour le mal, il faut avoir recours à des moyens extérieurs. Il faut provoquer l’élan religieux, qui n’est plus inné. A présent, cet élan doit être acquis par des efforts. Ainsi, il faut passer par des moyens extérieurs, faire « semblant » d’avoir de l’enthousiasme pour les Mitsvot. Et en final, cette simulation parviendra peut-être à devenir réel. C’est que le mouvement extérieur éveille un mouvement intérieur et profond. C’est ainsi que par exemple, s’il on veut égayer une personne profondément triste, il faudra lui jouer devant lui de la musique, l’attirer dans des danses, plaisanter avec lui. Peut-être qu’avec tous ses artifices, il en viendra à se réjouir véritablement. Il en est de même pour acquérir cet élan profond et intérieur pour la sainteté qu’on a perdu. C’est en faisant « comme si » que l’on finira par intégrer vraiment ce que l’on recherche. L’habitude finit par devenir une nature. C’est parce que le processus de sanctification est désormais ainsi après la faute du veau d’or, c’est l’extériorité qui permet d’éveiller et de purifier l’intériorité, qu’il fallait alors tout d’abord réaliser l’extérieur du Michkan pour ensuite en venir à son intérieur. C’est que le Michkan symbolise le processus de sanctification de l’homme. C’est le sanctuaire. Ceci permet donc d’expliquer cette différence dans l’ordre de la conception du Michkan entre les Parachiot de Terouma et Tetsavé (de l’intérieur à l’extérieur), et entre notre Paracha (de l’extérieur à l’intérieur).C’est la faute du veau d’or qui a fait la différence. Ceci nous permet de comprendre aussi pourquoi il y eut un changement de concepteur. C’est passé de Moché à Betsalel. C’est que Moché n’était pas sur terre au moment de la faute du veau d’or. Il n’était donc pas concerné par celle-ci. Lui, il est resté au niveau du don de la Torah. Ainsi, si les Juifs n’avaient pas fauté, Moché aurait pu réaliser ce Michkan, qui aurait été à leur niveau, au niveau de Moché. Alors, le Michkan aurait été réalisé de l’intérieur vers l’extérieur. Mais, comme les Juifs ont fauté, la tâche a été transférée à Betsalel. Les Juifs ne méritent plus un Michkan au niveau de Moché. A présent, ce devait être un Michkan conçu par une personne concernée d’une certaine mesure par la faute (même s’il ne l’a bien sûr pas commis). Betsalel, lui, était parmi les Juifs qui fautèrent. C’est donc lui qui pouvait réaliser un Michkan de leur niveau : De l’extérieur vers l’intérieur.


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