Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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CHEMINI
La mort de Nadav et Avihou
Par Mickael MOYAl


La Paracha de cette semaine, qui évoque l'inauguration du Michkane qui s'acheva le huitième jour, avec la révélation de la Gloire divine sur le Tabernacle (d'ailleurs Chemini a la même valeur numérique que Michkane), rappelle un événement assez tragique : la mort des deux enfants de Aharon : Nadav et Avihou. La Torah nous raconte que ces derniers pénétrèrent le Michkane et apportèrent un feu étranger, que D. n'avait pas ordonné. Leur sanction était d'être brûlés intérieurement. Face à cela, Moché interpelle son frère et lui dit : "C'est la ce qu'avait déclaré D. : Je veux être sanctifié par ceux qui me sont proches". A ce propos Rachi explique qu'en réalité, voilà ce que signifiait Moché à son frère : "Je savais que le sanctuaire allait être sanctifié par les élus de D.. Je pensais que c'était soit toi soit moi. A présent, je vois que Nadav et Avihou sont plus grands que toi et moi". Cet enseignement exige explication. En quoi le fait que Nadav et Avihou soient morts prouve qu'ils sont plus élevés que Moché et Aharon ? En fait, il est dit : "Le Juste décède à cause du mal". Les commentateurs expliquent cela de deux façons. La première est de dire que si le Juste quitte ce monde (prématurément), c'est pour "expier" les fautes de la génération. Une deuxième explication serait de dire que si D. retire le Juste de ce monde prématurément, c'est pour lui éviter de voir les fautes qui seront commises, et qui pourront lui causer de la peine (comme Avraham qui est mort cinq ans avant l'heure pour ne pas qu'il voie les mauvais agissements de Essav). La différence entre ces deux interprétations est que si l'on considère que la mort du Juste a pour but de lui éviter d'être témoin des mauvais agissements, alors tous les Justes les plus élevés doivent "partir" (ce qu'à D. ne plaise), pour ne pas qu'ils assistent à ces fautes. Mais, si l'on dit que le "départ" du Juste expie les fautes, alors pour cela, le décès d'un seul Juste devrait suffire pour faire expiation. A présent, on peut comprendre l'intention de Rachi. Moché dit à son frère : "… Je pensais que ce devrait être soit toi, soit moi". En effet, au départ, Moché pensait que c'est pour l'expiation des fautes de la génération que le Juste décède. Mais s'il en est ainsi, alors le "départ" d'un seul Juste peut suffire, (toi ou moi), mais non de plusieurs. Mais maintenant que les deux (Nadav et Avihou) sont morts, c'est que forcément l'explication est que le décès du Juste permet de lui éviter de voir le mal. Mais, s'il en est ainsi, tous les Justes de la génération auraient dû "partir", ce qu'à D. ne plaise ?!? Mais, puisque l'on s'aperçoit que seulement eux, et personne d'autre, sont décédés, on en déduit que ce sont eux les plus grands Justes, et "qu'ils sont mêmes plus grand que toi et moi". Malgré tout, ils ne sont pas morts de façon injuste. Ils avaient commis une certaine faute. D’après la Torah, leur faute était d’avoir offert un feu étranger. Mais, les Midrachim ramènent multiples explications différentent, comme nous allons le montrer. Face à la mort de ses enfants, "Aharon se tut", c'est à dire qu'il ne réagit pas et ne protesta pas devant D.. A ce propos, un Midrash s'interroge : "Mais que pouvait-il bien dire ?", ce à quoi il répond : "Il aurait pu dire : le huitième jour on circoncira la chair de son prépuce !" Apparemment, ce Midrash est très surprenant et il convient de l'expliquer. En fait, nos sages ont expliqué que si un bébé ne naît pas circoncis c'est parce que D. a voulu que l'homme parachève la création par ses actions. Il voulait donc que l'homme accomplisse lui-même la Mitsva de la Mila (circoncision). C'était également cela le raisonnement des deux fils d'Aharon lorsqu'ils apportèrent d'eux-mêmes un feu sur l'autel, bien qu'un feu soit déjà descendu du ciel. Ils voulaient, en fait, apporter leur contribution. Sur ce point, ils n'avaient pas tord. D'ailleurs, la loi est que "bien qu'un feu descende du ciel, les hommes doivent aussi ajouter leur feu". Si c'est ainsi, Aharon pouvait justifier l'action de ses enfants et venir se plaindre sur le fait qu'ils soient morts. En effet, il aurait pu dire : "Le huitième jour, on circoncira la chair de son prépuce", d'où l'on déduit que l'homme doit apporter sa contribution dans la création. Pourtant, "Aharon se tut". C'est que dans ce cas précis, cet argument n'est pas valable. En effet, il est vrai que les "hommes doivent aussi ajouter leur feu". Mais malgré cela, le jour de l'inauguration du Michkane, lorsque la présence divine va se manifester dans toute Sa Gloire, le seul feu doit alors être celui du Ciel. C'est pourquoi, le feu qu'ils apportèrent fut appelé "feu étranger". Un autre Midrash enseigne que lorsque Yov (Job) fut au courant de la mort des enfants de Aharon, il s'exclama (Yov 37:1) : "C'est bien pour cela également que mon cœur tremble". Comment comprendre cet enseignement plutôt étrange ? Quel rapport entre les souffrances de Yov et la mort de Nadav et Avihou ? En fait, nos Maîtres nous enseignent que si Yov fut atteint de tant de malheur, c'était une punition. En effet, Yov était un conseiller de Pharaon. Lorsque ce dernier a décrété que les nouveau-nés juifs devaient être jetés dans le Nil, Yov ne répliqua pas et garda le silence, contrairement à Ytro qui s’insurgea. De plus, les Sages, approfondissant la mort de Nadav et Avihou, expliquent qu'ils furent punis pour une raison bien précise. En effet, Nadav et Avihou marchaient derrière Moché et Aharon. Alors, Nadav dit à Avihou : " Quand est-ce que ces deux vieux mourront-ils, pour que toi et moi dirigerons le peuple ? " Alors D. répliqua : "Nous verrons bien qui enterra qui !" C’est ainsi qu’ils sont morts. On peut ici s'interroger. En effet, ce n'est que Nadav qui a "médit". De fait, pourquoi Avihou fut-il lui aussi puni ? En fait, on est forcé de considérer que quelqu'un qui entend un mauvais projet et ne s'y oppose pas, mais se tait, est aussi punissable. Et effectivement, lorsque Yov apprit la mort des enfants de Aharon, et même de celle de Avihou, il en déduit que celui qui ne s'oppose pas à de mauvaises choses est lui aussi puni, comme on l'a montré. Dès lors, son cœur frémit, car il comprit qu'il payait en fait la punition de son silence face au décret de Pharo. Ce qui a été dit peut permettre de comprendre un autre Midrash selon lequel si Nadav et Avihou sont morts, c'est parce que lorsqu'ils pénétrèrent le sanctuaire pour y chercher le feu, ils ne portaient pas le Meïl (sorte de robe que devait porter le grand prêtre dans le sanctuaire). Mais on peut s'interroger. Nadav et Avihou n'étaient pas grands prêtres ! Ils n’avaient donc pas à porter ce vêtement. D’autre part, le Grand-prêtre portait huit vêtements. De fait, pourquoi n’était-ce que l’absence du Meil qui fut la cause de la punition des enfants d’Aharon, et non les autres vêtements ? En fait, nos Sages affirment que chaque vêtement du grand prêtre réparait une certaine faute. Et le Meil se voulait réparer la médisance (Zva'him 88b). C'est à cela qu'il est fait allusion quand on dit que Nadav et Avihou ne portaient pas le Meïl. C'est qu'ils furent punis pour avoir commis de la médisance sur Moché et Aharon, comme on l'a montré. Ainsi, Nadav et Avihou moururent pour avoir dit (ou entendu) qu’ils voulaient rapidement se substituer à Moché et Aharon pour diriger le peuple. Mais, en analysant les Midrashim, on s’apercevra qu’il y est dit et prouvé que s’ils sont morts, c’est parce qu’ils n’étaient pas mariés. Apparemment ces Midrashim semblent éloignés l’un de l’autre. Mais on peut néanmoins les concilier. En effet, certes Nadav et Avihou n’étaient pas mariés. Mais, cela en tant que tel, pouvait leur être excusé. Ils avaient un bon argument pour se justifier. En effet, la Guemara rapporte que Ben Azaï ne s’était pas marié parce qu’il disait qu’il aimait trop la Torah. Il ne voulait donc pas s’encombrer avec des soucis familiaux. Les enfants de Aharon avaient cette même excuse. Ils ne voulaient pas porter le joug d’une famille tellement ils désiraient se consacrer à la Torah. Seulement, lorsqu’il se révèle qu’ils veulent diriger le peuple à la place de Moché et Aharon, par là, ils éliminèrent totalement cette excuse. En effet, il est évident que s’occuper de tout un peuple impliquent de grands soucis et engendre donc une grande perte de temps dans l’étude. De fait, s’ils désirèrent malgré tout diriger le peuple, ils n’ont donc plus aucune excuse pour ne pas s’être mariés. Ils furent donc punis.


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