Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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CHELAH LEHA
La Paracha de Chela'h-Lekha traite en partie de l'épisode des explorateurs envoyés en Terre Sainte. Quand ils s'en revinrent de leur visite, ils firent le récit de ce qu'ils y rencontrèrent. Alors, "Calev les fit taire". C'est ensuite qu'ils dirent: "Nous ne pourrons pas y entrer, et ils portèrent une accusation contre le pays". On peut se demander pour quelle raison Calev les fit taire. En effet, les propos des explorateurs n'apportaient aucune réponse aux questions posées par Moché, lorsqu'il leur confia la mission de visiter le pays. Ils étaient chargés d'éclaircir deux points. Le premier concernait le peuple, ainsi qu'il est dit: "Vous verrez le peuple qui y réside. Est-il fort ou faible?" D'autre part, ils devaient examiner la terre elle-même, ainsi qu'il est dit: "Comment est le pays ? Est-il bon ou mauvais ? Est-il riche ou pauvre? Moché les chargea de visiter le pays et ils devaient donc s'acquitter de la mission qui leur était confiée, répondre aux questions qui leur étaient posées. Ils devaient en outre dire la vérité pour tout ce qui concerne le peuple et le pays. Dès lors, pourquoi Calev les firent-ils taire lorsqu'ils décrivirent la réalité? En effet, c'est seulement après l'intervention de Calev, qu'ils dirent: "Nous ne pourrons pas y entrer, et ils portèrent une accusation contre le pays". Une autre question peut être posée sur le comportement de Calev. Il est écrit: "Ils s'engagèrent vers le sud et parvint à 'Hevron". Rachi explique que "Calev seul se rendit à 'Hevron pour visiter le tombeau des Patriarches, afin de ne pas être mêlé au complot des explorateurs". Pourquoi dut-il prier auprès du tombeau des Patriarches? La bénédiction donnée par Moché, celui qui le mandatait, était-elle insuffisante pour résister au complot des explorateurs? L'explication de tout cela est la suivante. Les explorateurs commirent une erreur parce qu'ils firent intervenir leur analyse intellectuelle dans la réponse qu'ils apportèrent aux questions posées et intervertirent l'ordre des interrogations de Moché. En effet, celui-ci leur avait demandé, en premier lieu, d'analyser le peuple, "est-il fort ou faible?", puis le pays, "est-il riche ou pauvre?". Dans leur réponse, ils évoquèrent tout d'abord le pays "dans lequel coule le lait et le miel", puis ensuite "le peuple qui y réside". La différence entre ces deux présentations est la suivante. La mission confiée par Moché avait pour but d'étudier de quelle manière pourrait se faire la guerre qui permettrait la conquête du pays, puis, dans un second plan, d'analyser les possibilités de gain que le pays offrait. Pour Moché, l'essentiel était la conquête. Le gain, en revanche, était accessoire, car il n'attendait pas de récompense pour ses réalisations consacrées au service de D.. C'est pourquoi, il demanda en premier si le peuple était fort ou faible. En effet, il faudrait d'abord, en tout état de cause, conquérir le pays, même au prix d'un combat difficile. De fait, le constat de la puissance de ce peuple ne remettrait pas en cause les termes de la missions confiée. Les explorateurs intervertirent l'ordre de ces questions sur la base de leur compréhension. Ils évoquèrent donc d'abord le gain, en constatant que, dans ce pays, "coule le lait et le miel". Puis seulement après, ils parlèrent de la guerre et de la conquête. Ainsi, le profit était leur motivation essentielle. Le gain représentait pour eux la finalité du combat. Puisque la conquête ne jouait pas un rôle essentiel pour eux, ils accepteraient donc de se battre si seulement l'effort devant être investi n'était pas trop important. Mais, ils y renonceraient si l'effort fourni devait s'avérer important. Ils introduisirent ainsi une conception erronée, selon laquelle une mission trop difficile ne peut pas être menée à bien. C'est la raison pour laquelle ils dirent "nous ne pourrons pas nous y rendre". Aussi, lorsque Calev constata l'introduction de leur propre analyse rationnelle dans leur intervention, lorsqu'il s'aperçut qu'ils avaient interverti l'ordre des questions posées, et modifié par là même les termes de la mission confiée par Moché, il les fit aussitôt taire. Ce qui vient d'être dit permet de comprendre pour quelle raison Calev se rendit auprès du tombeau des Patriarches, afin de prier pour ne pas être entraîné par le complot des autres explorateurs. Un émissaire doit faire abstraction de sa propre logique, de sa propre compréhension, pour pouvoir mener à bien sa mission. Il doit se consacrer pleinement à la réalisation de la mission qui lui est confiée, en basant son comportement sur la soumission. Aussi, nos Sages identifie l'émissaire à son supérieur. C'est que le délégué n'est qu'un représentant de celui qui l'envoie. Il ne peut donc pas introduire sa propre logique. C'est la raison pour laquelle Calev se rendit auprès du tombeau des Patriarches. Dans la tombe, la tête et les pieds se trouvent au même niveau. Elle fait allusion à la soumission totale, qui transcende l'intellect et grâce à laquelle adhérer au complot des explorateurs devenait impossible. De plus, les Patriarches étaient également entièrement soumis à D. toute leur vie. Nos Sages les comparent à un char. En effet, de même qu'un char n'a pas de volonté propre. Il suit la direction de celui qui le conduit. Ainsi, les Patriarches n'avaient pas d'autre volonté que celle d'accomplir la Volonté du Créateur. Pour se préserver de tout écart, Calev devait mettre en pratique la mission confiée par Moché en se soumettant totalement à lui et en s'écartant de tout raisonnement logique. Pour obtenir un tel niveau, il se rendit donc au tombeau des Patriarches. D'après ce qui vient d'être expliqué, nous pouvons comprendre pourquoi notre Paracha, qui traite de l'envoi des explorateurs, se conclue par la Mitsva de porter des Tsitsit. Rachi souligne, en citant le Midrash, que la Mitsva des Tsitsit a le pouvoir de rappeler toutes les 613 Mitsvot. En effet, la valeur numérique du mot Tsitsit est six cents. Si on y ajoute les huit fils et les cinq nœuds, on retrouve le compte des six cent treize Mitsvot. Les commentateurs expliquent le rapport plus profond qui lie la Mitsva de porter les Tsitsit avec toutes les autres Mitsvot. Néanmoins, on peut s'interroger. Si seules les Tsitsit suffisent à se rappeler les Mitsvot, à quoi sert le Talith ? Pourquoi ne pas se contenter de ce qui fait directement allusion au 613 Mitsvot, en l'occurrence les Tsitsit ? En fait, à la différence de la nourriture, que l'on introduit dans son corps, le Talith est un vêtement qui l'entoure, à l'extérieur, et que l'on ne peut pas intérioriser. Il faut donc savoir que les Tsitsit faisant allusion au six cent treize Mitsvot sont accrochées à un Talith, c'est à dire à ce qui transcende la raison. Celui qui prendrait des Tsitsit détachés du Talith n'accomplirait aucune Mitsva et ne se souviendrait donc pas des commandements de D.. La Mitsva consiste à prendre conscience que les Tsitsit sont reliés à un Talith, que la Torah et les Mitsvot échappent totalement à l'entendement. De fait, les Mitsvot doivent être accomplis parce que D. nous l'a demandé. On n'a pas besoin d'avoir d'explication rationnelle. Rationaliser la Torah signifie la limiter, lui ôter son éternité. C'est pourquoi, le dernier verset de la Paracha rappelle la sortie d'Egypte, symbolisant les limites. C'est en considérant les Mitsvot comme des décrets de D., dépassant la logique, qu'il est donc possible de sortir d'Egypte, afin d'accueillir très bientôt notre Juste Machia'h, Amen.





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