Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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LEH LEHA
Par le Rabbin Philippe HADDAD

La marche d’Abraham
Avec Abraham, notre père sur lui la paix, commence l’aventure d’Israël. Première épreuve : L’Eternel lui demande de tout quitter pour partir vers une terre non mentionnée.
Après Babel soixante dix nations naissent des descendants de Noé. Avec notre patriarche la soixante onzième apparaît, mais d’abord individuellement, puis à la sortie d’Egypte en tant que peuple afin d’intégrer l’histoire universelle. Quoi qu’il en soit, c’est bien d’histoire et non de religion stricto sensu dont il est question ici. Où pour le dire autrement, l’acte religieux consiste à marcher dans l’Histoire. « Va... vers la terre… et Je ferai de toi une grande nation... » Terre et peuple sont les seuls éléments de cette promesse, la révélation de la loi viendra au Sinaï.
Abraham part donc, il marche, il se déplace, il se meut, les verbes marquant le déplacement vertical se succèdent qui contrastent avec le mouvement ascensionnel des bâtisseurs de Babel. Le judaïsme veut sanctifier le réel et non échapper à la vie en s’envolant vers les cieux.
En jouant la carte de l’histoire, évidemment des problèmes concrets se posent : enlèvement de Sarah, conflits entre les bergers du patriarche et ceux de Loth, guerre des rois de la région, problème de l’engendrement, l’union avec Agar, ce n’est qu’à la fin de la paracha quand Abraham semble avoir agit avec discernement, ayant surmonté toutes ces épreuves, qu’une loi religieuse celle de la Brith Milah, Alliance de la circoncision, (l’acte monothéiste par excellence) vient marquer dans sa chair son authentification en tant que témoin de l’Eternel. L’histoire précède le religieux mais le religieux donne sens à l’histoire.

Religion et Histoire
Revenons sur le nom de notre paracha, Lekh lékha qui signifie « Va pour toi », tous les premiers mots, les titres, de paracha sont signifiants. « Lekh » vient de la racine « halokh », qui veut dire « aller », ce terme donne entre autres le mot « halakha », qui est le chemin herméneutique pour arriver au rite adéquat. Curieuse coïncidence qui fait que les termes « histoire » et « religion »se trouvent réunis dès la naissance de l’identité hébraïque. Or, il n’est pas si évident de marier ces deux idées. L’Histoire est généralement perçue comme le résultat de l’engagement des hommes, maîtres de leur destinée, sujets libres, alors que la religion pourrait évoquer une liberté surveillée. En fait, pour le judaïsme, la liberté s’exerce aussi bien dans l’Histoire que dans le Religieux, car c’est bien la liberté, au moins sur le plan moral et intellectuel, (sommes-nous vraiment libres d’exister ?) qui est exigée dans ces deux domaines.
Le Créateur crée l’homme et lui offre le monde en partage, voilà pour l’Histoire. A partir de Noé, Il offre sept lois, puis à Israël, Il en offre 613, voilà pour le Religieux.
L’Histoire est l’écriture de la parole des hommes sur le parchemin divin, à l’intérieur de ce mouvement, Israël écrit sa halakha comme spécificité juive au sein des nations, sans que cette spécificité soit rejet des nations. C’est dans ce double rapport que particularisme et universalité peuvent alors s’harmoniser.
En réécoutant le message de Dieu à Abraham, en retrouvant cette relation entre Histoire et Halakha, nous retrouvons l’essence même du judaïsme dont les options les plus orthopraxes ne seraient paradoxalement qu’une forme approximative de son idéal.


Le Dieu de Malkitsédek (le roi prêtre de Salem, ancien nom de Jérusalem) est le « Dieu Très Haut », possesseur des cieux et de la terre, expression connue chez la plupart des peuples sémitiques de Canaan et de Phénicie. Souvent utilisé dans la Bible (qui a donné « El Al » = vers le Très haut, avant de redescendre sur terre évidemment). Cela prouve que le Dieu unique d’Abraham est aussi connu par ceux que l’on considère comme des païens. Pour la Bible, le monothéisme est à l’origine du monde, le polythéisme n’en est que sa déformation.

« Hébreu » n’est pas un « état » civil mais un « devenir » civil. Etre Hébreu implique de toujours traverser, de quitter la rive des idolâtries pour les rivages du monothéisme éthique.
« Tous les matins je me lève goy, et j’essaye de terminer juif », disait un maître du Hassidisme. Finalement, quand l’homme est vraiment Homme (ICH), quand il révèle sa nature éthique, quand il fait briller son Tsélem Elohim, son « Image divine », il devient Hébreu. Quitter sa nature égoïste, ses idolâtries intérieures pour choisir le chemin de Dieu, voilà la marche hébraïque. Il n’y a pas d’autre définition du juif que celui qui nie les faux dieux, dit le Talmud.

Nous n’omettons jamais de rappeler quand l’occasion se présente, que la circoncision est une alliance (bérith) entre le Créateur et les descendants d’Abraham. Ce fut la seule mitsva pratique accomplie par Abraham, sur lui, sa postérité et les hommes de sa maison. En quoi cette mitsva est-elle fondamentale, fondatrice du monothéisme éthique ? C’est qu’elle s’oppose radicalement aux « trois péchés capitaux » de la foi hébraïque : l’idolâtrie, le meurtre et la débauche. Analysons. En accomplissant sur soi et sur ses enfants l’Alliance, Abraham se soumet à la volonté de Dieu, il accepte le monothéisme (contre l’idolâtrie).
C’est le sexe, membre de l’engendrement, qui est circoncis, et qui appelle la vigilance de la sexualité (contre la débauche).
En rejetant le prépuce, il fait couler un sang de vie, en opposition avec le meurtre rituel pratiqué par les Cananéens (N’en déplaise à la psychanalyse, il me semble que la castration n’est même pas symbolique ici, au contraire, il s’agit d’une surévaluation virile)

Question : Quand sait-on qu’un bébé de 8 jours a accepté la circoncision ?
Soit au moment de sa bar mitsva, soit quand devenu père à son tour, il accomplit la circoncision de son propre fils. Cette mitsva engage inévitablement deux générations


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