Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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VEETHANANE

Une idolatrie encore actuelle

Dans la Paracha de Vaet’hanan, il est rapporté le commandement interdisant de retrancher ou de rajouter une Mitsva de la Thora. On se doit de se circonscrire au respect des lois établies, sans en modifier le nombre. Ce précepte est formulé de la façon suivante : « N’ajoutez rien à ce que Je vous ordonne et n’en retranchez rien, pour garder le commandement de l’Eternel votre D.. Vos yeux ont vu ce que l’Eternel a fait à Baal Péor, car tout homme qui est allé après le Baal Péor, D. l’a exterminé de parmi toi ». Ainsi, on peut remarquer que la Thora a indiqué l’ordre de ne rien modifier à la Thora, dans le même contexte que le rappel de l’épisode du Baal Péor, lorsqu’une partie du peuple a servi cette idole et que l’épidémie s’est alors abattu dans le peuple, décimant vingt-quatre mille personnes. Seulement, on ne comprend pas trop de premier abord le lien entre l’interdiction d’ajouter ou de retrancher une loi et l’épisode du Baal Péor. Pourquoi ces deux sujets ont-ils donc été rapportés ensembles, comme si le Baal Péor était l’illustration par excellence de l’interdiction de modifier les commandements ? C’est cela qu’il faut justement expliquer. Pour éclaircir cela, il faut essayer de comprendre en quoi consistait le culte du Baal Péor et quel était le problème de fond. Le texte rapporte : « Le peuple commença à se pervertir avec les filles de Moav… et Israël s’attacha à Baal Péor ». A ce propos, il faut essayer de comprendre pourquoi la débauche mena à cette idolâtrie. Nos Sages expliquent qu’il n’existe pas une idolâtrie plus répugnante que Baal Péor. Voici en quoi consistait son culte. Il s’agissait de manger des épinards, de se saouler et de faire ses besoins devant elle. En fait, l’essence même de cette idolâtrie n’était pas juste le fait de faire ses besoins devant, mais il s’agissait en fait de la mépriser au maximum. Cette idolâtrie avait cela de particulier que son culte consistait justement à l’humilier de sorte que plus on la dégradait, plus on l’humiliait, plus on la répugnait, et plus en fait on la servait et l’adorait. C’est que l’idéologie de ce culte était le fait de casser toutes les limites et les valeurs. Tous les autres types d’idolâtrie connaissent quand même un certain cadre. Leurs adorateurs doivent leur vouer un certain respect et une certaine valeur. En revanche, les adorateurs du Baal Péor ne connaissaient aucune limitation, aucun cadre. Même leurs idoles, ils la répugnaient et la dégradait comme de la poussière. Rien n’a d’importance à leurs yeux. Pour eux, il n’existe aucune valeur que l’on doit respecter. Cela à tel point qu’ils ont même inventé une idolâtrie dont tout le culte est de l’humilier. Pour eux, rien ne mérite d’être respecté. Ainsi, on voit que l’idéologie sous jacentes à ce culte idolâtre c’est le rejet de toute responsabilité, l’homme peut faire tout ce qu’il veut sans rien respecter, aucune valeur ne mérite le respect. Certes aujourd’hui, l’idolâtrie de Baal Péor, en tant que telle, n’existe plus, mais son idéologie est encore bien présente. L’homme a encore et toujours cette tendance à vouloir se libérer de toute contrainte, de vouloir atteindre ce qu’il considère comme la liberté absolue. On entend bien de temps à autre de ceux qui disent : « Moi, je veux faire ce que je veux », « Je veux surtout pas qu’on m’impose quoi que ce soit ». Beaucoup de personnes veulent vivre sans aucune limite, sans aucun cadre, sans aucun interdit, ils s’autorisent tout ce qui peut leur apporter la moindre satisfaction. Malheureusement, on voit que certaines valeurs comme le respect de la vie, la pudeur, la religion…, sont trop souvent bafouées. Et cela contient la racine de l’idéologie de Baal Péor. A l’époque, après la génération du déluge, les nations s’étaient limitées au niveau de la perversion sexuelle. Et voilà que la Thora raconte que le peuple d’Israël commence à se pervertir avec les filles de Moav. Ainsi, comme ils ont cassé ce cadre et cette limitation au niveau des mœurs, cela les a amené progressivement à faire sauter toutes les barrières. Ils en vinrent donc naturellement au culte du Baal Péor, consistant justement à vouloir se libérer de toute contingence morale. Car, ce qui préserve justement l’homme pour ne pas tomber dans les profondeurs du mal, c’est le fait d’avoir un cadre et des repères. Au moment où il casse ce cadre, il est alors en danger spirituel. Le travail se fait progressivement. Un jour l’homme casse une limite, s’autorisant un interdit, et à fur et à mesure il en vient à s’autoriser d’autre chose plus grave. C’est ainsi qu’il peut en venir à tout s’autoriser, et même les choses les plus immoraux. On commence par des petits écarts, mais alors l’homme n’est plus protégé et il peut en venir à tout s’autoriser. Cela, à l’image d’un champ dont un enclos s’est ébréché. C’est alors tout le champ qui est en danger et pas seulement que la petite ouverture. Car désormais, le champ n’est plus sécurisé. Il en est de même de l’homme. Sa sécurité morale dépend d’une structure et d’un cadre. S’il casse ce cadre, il n’est plus en sécurité et peut rapidement tomber, s’il ne fait pas extrêmement attention. Beaucoup ont commencé par des petits vols à l’étalage, et ont fini par devenir des bandits et des tueurs. Car en s’autorisant le vol, parfois le meurtre accompagne le vol (hold up et autre), et on ne sait pas ou cela peut terminer. Tel est la profondeur de l’interdiction de retrancher ou d’ajouter une loi. Quand on retranche une loi, on casse ainsi une limite, une barrière protectrice. C’est pourquoi, la Thora rapporte l’épisode du Baal Péor en illustration. Car, cette idolâtrie consistait justement à casser toutes les limites, à sortir de tout cadre, de tout repère. C’est la conséquence extrême du fait de retrancher des lois, c'est-à-dire de casser ces barrières protectrices. Mais si on peut comprendre le danger de retrancher des lois et des barrières, en quoi est-ce nocif d’ajouter des lois ? C’est que ces deux attitudes proviennent en réalité d’une même source : le rejet de la ‘‘contrainte’’. La Thora a fixé plusieurs lois. Et l’homme a du mal a les réaliser en tant qu’ordre de D.. Car on a tendance à ne vouloir agir que par rapport à sa compréhension. « Je ne veux faire que ce que je comprends », diront certains. Toute la difficulté c’est d’accomplir la Thora en tant que loi de D.. S’il est vrai qu’on doit aussi comprendre les Mitsvot et les expliquer, il est tout aussi vrai qu’on ne doit pas conditionner l’action à cette compréhension, mais les accomplir que parce que c’est la Volonté de D.. Mais cela est très dur, car naturellement l’homme n’aime pas qu’on lui impose quoi que ce soit. Même s’il respecte la Thora, il aura peut-être tendance à dire : « Je fais cela car j’ai compris par moi-même qu’il fallait le faire ». Mais, le vrai serviteur de D., c’est celui qui arrive à surmonter cette difficulté et à accomplir la Thora parce que c’est l’ordre de D.. Certes, cela est très difficile. L’homme préfère toujours agir en fonction de sa petite compréhension. Si on enfermait quelqu’un dans un palais et qu’on lui interdisait de sortir, lui faisant jurer de ne pas en sortir et que s’il en sortait, on le tuerait, cela lui sera très difficile à vivre. Même se trouvant dans le palais, il se sentirait en prison, et voudra se libérer à tout prix de cet état. Il n’en est bien sûr pas de même d’une personne qui a choisi de sa propre initiative de vivre dans ce palais et de ne jamais y sortir. Pour lui, la vie sera très agréable. De même, il est très dur d’accomplir les commandements en se disant qu’on ne les fait que parce qu’on en a reçu l’ordre de D. et non par rapport à une compréhension personnelle. Dans une telle situation l’homme va vouloir à tout prix sortir de cette contrainte. C’est alors qu’il va en venir à casser ces barrières. Et même le fait d’ajouter un commandement procède de cette même logique. L’homme qui ajoute un commandement montre par là qu’il est libre de s’imposer ce qu’il veut, à l’image de celui qui s’enferme volontairement dans le palais. Mais alors, cela révèle qu’au fond, il refuse d’accomplir les Mitsvot qu’en tant qu’ordre divin. Dès lors, s’il est prêt à ajouter une Mitsva, il sera tout aussi prêt à en retirer, pour bien marquer son refus d’accomplir la Volonté de D. purement et simplement. Ainsi, ajouter des lois, c’est aussi une manière de casser les limites. Et dès lors, le danger spirituel est encore présent. Il en ressort que l’homme a besoin de repère pour ne pas trébucher et qu’il doit respecter ces lois même s’il ne les comprend pas toujours, car si l’homme ne fait que ce qu’il comprend et ce qu’il veut, que ce soit à travers un ajout d’une loi ou d’un retrait, alors il n’est plus en sécurité spirituelle, car il brise par cela le cadre protecteur. D’ailleurs, ceux qui ne font que ce qu’ils veulent, n’ont jamais été bons pour la société, ils ne connaissent aucune limite. On en revient au fondement de l’idolâtrie de Baal Péor.


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