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CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY 9 rue de Pontoise 95160 Montmorency - tél: 01 34 12 92 46 (dimanche matin) |
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HAYE SARAH Hayé-Sarah Par le Rabbin D. Yelloz Dans notre paracha, 3 personnages nous quittent: Sarah à 127 ans, Avraham à 175 ans puis Ismaël à137 ans. Chaque décès est présenté différemment Ainsi pour Sarah il est dit: « Ce fut la vie de Sarah…les années de la vie de Sarah ». Pour Avraham il est dit: «Et voici les jours des années de la vie d’Avraham qu’il a vécu… ». Quand à Ismaël il est dit à son sujet: « Et voici les années de vie d’Ismaël… ». Il y a pourtant un point commun aux 3: leur âge est décompté de façon particulière en séparant centaines, dizaines et unités. Rachi nous explique à propos de Sarah et Avraham que la Torah vient nous apprendre qu’ils furent des justes toute leur vie durant et qu’ils traversèrent chaque étapes de la vie, chaque tranche d’âge de façon exemplaire. Autrement dit, ce n’est pas l’âge de décès que la Torah nous précise, mais plutôt la façon dont cette vie s’est déroulée, ou chaque instant vécu est un échelon de plus gravie dans l’échelle qui nous rapproche de D… Ceci n’est évidement pas valable pour Ismaël. C’est pourquoi Rachi nous précise que son âge a été précisé afin que l’on puisse en déduire l’assiduité de Yaacov qui étudia 14 ans dans le centre d’étude de Ever lorsqu’il quitta son père avant de se rendre chez Lavan son oncle. Ce que Rachi nous dit est très subtil: cette façon de décompter l’âge insinue une parfaite rentabilité de l’espace temps. Bien que se ne soit pas valable pour le personnage d’Ismaël lui-même, ça l’est pour Yaacov et c’est à partir de là qu’on en perçoit la grandeur exceptionnelle. S’opposer pour aider de Mikael MOUYAL La Paracha de ‘Hayé Sarah relate la mission de Eliezer serviteur d’Avraham, qui devait se rendre en Mésopotamie pour trouver une femme pour Yts’hak. C’est ainsi qu’il fait la rencontre de Rivka qui se distingue par sa gentillesse et sa bonté. C’est en elle qu’il voit la future épouse de Yts’hak. Alors, Eliezer lui remet des pierres précieuses. « L’homme prit une boucle en or ayant un demi sicle pour poids, ainsi que deux bracelets sur ses mains, ayant 10 sicles pour poids ». Rachi explique que cet acte de Eliezer était loin d’être anodin. La boucle en or de valeur d’un demi sicle fait allusion au demi Chekel que le peuple Juif sera amené à prélever pour financer les sacrifices. Et les deux bracelets, allusions aux deux Tables de la loi, ont une valeur de 10 sicles, références aux dix commandements. Cet enseignement paraît surprenant voire même déplacé. Car pourquoi Eliezer fait-il allusion aux demi sicles et aux dix commandements dans le contexte du mariage de Rivka avec Yts’hak, alors que ces éléments vont apparaître bien plus tard dans le peuple Juif ? Surtout que l’on ne voit pas ce que ces allusions ont à faire ici, dans ce contexte ? En fait, Eliezer vient ici faire allusion à un principe qui est à la base du couple et du mariage. Lorsque la Thora relate la création de ‘Hava (Eve), la femme d’Adam, elle introduit cet épisode ainsi : « Il n’est pas bien que l’homme soit tout seul, Je vais lui faire une aide contre lui ». C'est-à-dire que l’homme sans femme, ce « n’est pas bien », c'est-à-dire qu’il ne peut pas s’élever et atteindre la plénitude, le bien. C’est justement par son épouse, par la femme, que l’homme peut tendre à la plénitude. La femme permet à son mari de s’accomplir, et de devenir « bien ». Comment s’exprime cette intervention de la femme ? Par le fait qu’elle est « une aide contre lui ». A priori, ces deux expressions sont contradictoires. Si elle l’aide, c’est donc qu’elle n’est pas contre lui. Mais si elle est contre lui, elle ne l’aide donc pas ! Ainsi, nos Sages expliquent que si l’homme est méritant, alors sa femme lui sera une aide précieuse. Mais s’il n’est pas méritant, elle sera contre lui. Il est ici question de mérite, c'est-à-dire de travail morale est spirituel. Si l’homme cultive les bonnes qualités, les bons comportements, alors sa femme lui permettra d’exploiter tous ses potentiels et de les optimiser. Il pourra alors progresser. Mais, si l’homme ne travaille pas sur son caractère, sur son orgueil, sa colère, sa patience…, ainsi que sur les bons comportements et les bonnes actions, alors il ressentira sa femme comme une oppression, comme si elle est contre lui. Car en fait, la réaction de la femme c’est le baromètre du mérite de l’homme. Et donc, comme le disent nos Sages, un homme sans épouse n’est qu’un « demi homme » Ces deux attitudes de la femme ont trouvé leur expression lors du don de la Thora. Non seulement les hommes, mais aussi leurs femmes ont accepté de recevoir la Thora. Bien plus, elles ont encouragé leur mari dans cette acceptation. C’est ainsi que lorsque D. demande à Moché de transmettre la Thora au peuple, Il lui dit : « Ainsi tu dira à la maison de Yaacov, et tu parleras aux enfants d’Israël », et nos Sages expliquent que la maison de Yaacov, c’est les femmes, et les enfants d’Israël, les hommes. Il en ressort que par rapport au don de la Thora, les femmes sont placées même avant les hommes, car comme il s’agissait de quelque chose de méritant, elles ont donc aidé leur mari et les ont même encouragé et poussé à accepter. Elles furent donc de vrais « aides ». Mais, lors de l’épisode du veau d’or, lorsqu’on demanda d’enlever « les boucles en or des oreilles de vos femmes » pour les utiliser pour la confection de l’idole, alors les femmes s’opposèrent et refusèrent d’obtempérer. C’est ainsi qu’ils « ôtèrent les boucles de leurs propres oreilles ». Ce sont donc les boucles en or des hommes qui servirent au veau d’or. Là, les femmes n’ont pas hésité à s’opposer à leur mari. Le demi Chekel se voulait être une « expiation pour vos âmes » pour la faute du veau d’or, où les hommes ne furent que des « demis » hommes, car leurs femmes ne les assistèrent pas. Lorsque Eliezer veut consacrer Rivka comme épouse pour Yts’hak, il tient à rappeler ses deux aspects dans le rôle d’une épouse. Les deux bracelets, allusions aux Tables de la loi avec les dix commandements, évoque le don de la Thora, où les femmes assistèrent et encouragèrent leurs époux. Mais, la boucle en or d’un demi sicle, rappelant le demi Chekel pour racheter la faute du veau d’or où les hommes donnèrent leurs « boucles en or », lorsque les femmes s’opposèrent à leurs maris, qui ne restèrent que des demis hommes, dépourvus du soutien conjugale. D’ailleurs, Rivka elle-même mpettra en application cela et saura s’opposer à Yts’hak à certaines occasions telles que pour la distribution des bénédictions. Bien qu’Its’hak voulait bénir Essav, Rivka s’opposa et fit bénir Yaacov. Eliezer voulait souligner cette leçon dans le contexte du mariage, car là se trouve le secret du couple. « S’il est méritant, sa femme l’aide et l’encourage. Mais s’il n’est pas méritant, elle devient son rivale et son opposant ». LE COIN DU MOUSSAR Lorsque Avraham voulut acquérir auprès de ’Efrone, le ’Hiti, la grotte de Makhpélah pour y enterrer Sarah; ’Efrone lui proposa alors de la lui offrir en cadeau. Avraham aurait également pu s’emparer du champ en faisant valoir son droit puisque l’ensemble de la terre lui avait déjà été léguée par Hachem : "… à ta descendance J’ai donné cette terre …" (Béréchit XV, v.18) Malgré tout cela, Avraham s’est attaché à payer le prix fort pour ce champ. C’est d’ailleurs ainsi qu’il qualifie le prix proposé pour l’acquisition : un prix plein. Rachi explique ce terme par "je paierai l’intégralité de sa valeur." Avraham insiste donc sur sa volonté de payer ce champ à sa valeur. Rachi rapporte un exemple comparable : après avoir conquis Jérusalem, le Roi David en acquitta le montant au Yévoussi avec le même terme, "d’un prix plein". Bien qu’il était devenu le maître des lieux du fait de sa conquête, David refusa que l’emplacement du temple soit acquis gratuitement, aussi il insista pour payer le prix officiel de ce terrain. La raison de cette position tant chez Avraham que chez David est destinée à annuler tout type de lien entre la terre et ses anciens propriétaires. S’ils avaient accepté de recevoir ces terres en cadeau alors le nom des anciens propriétaires auraient alors été maintenus sur ces bien immobiliers. Par contre, en achetant ces terres au prix fort, ils réussirent ainsi à défaire tout droit des anciens propriétaires sur les biens en question. Cet épisode revêt un enseignement essentiel dans notre service divin. L’action spirituelle d’un juif ne doit pas s’exercer sous la forme d’un cadeau gratuit mais doit s’acquérir à son juste prix. Le Zohar nous enseigne que c’est seulement dans le domaine étranger à la Sainteté qu’il existe des biens gratuits alors que dans le domaine de la Sainteté tout doit s’acquérir, il faut s’investir et c’est seulement ainsi que l’on peut profiter de la manifestation de la Lumière divine. La fonction d’un juif est "d’acquérir" la matérialité du monde pour la transposer sous la propriété de la Sainteté. Avraham et David nous enseignent donc qu’un achat se règle au prix fort, par l’effort et non gratuitement. Un homme ne peut se réconforter et se satisfaire de posséder des facultés et des vertus pour s’épargner tout effort. Même dans les domaines qu’il pourrait atteindre sans difficultés, il doit y consacrer tous ses efforts et payer le prix fort de sorte que l’acquisition soit absolue et d’une validité éternelle. Lorsqu’un juif acquiert les biens matériels de ce monde au prix fort, il doit alors les sortir totalement de leur cadre (étranger à la Sainteté) pour les consacrer à D. et c’est ainsi qu’il peut accéder aux plus grands Dévoilements. LE COIN DE LA HAFTARA Cette semaine, la Paracha traite de la vieillesse d’Avraham tandis que la Haftara (Livre I Rois versets 11 à 31) parle de celle du roi David. L’un et l’autre se préoccupent de leur succession. De la tente du patriarche, nous passons au palais du roi. Le cercle de famille s’est étendu pour former un peuple et un Etat. Là s’arrêtent les points communs. Car dans le foyer du patriarche souffle un esprit de noblesse. Au palais du roi, domine l’intrigue pour la prise du pouvoir. Le patriarche est un homme riche et béni, qui n’a qu’un seul souci, trouver une femme à l’image de sa femme Sarah. Yits’hak, bien qu’âgé de quarante ans, accepte le choix de son père. Dans le récit de la Haftara, par contre, un fils impatient de voir disparaître son père, se proclame roi à sa place. Seules règnent la conjuration et l’intrigue et il est même fait appel au prophète Nathan pour garantir les droits de celui que l’on cherche à placer sur le trône. Tout ceci se passe alors que le règne de David n’est pas encore terminé. Le seul point commun entre ces deux textes (sidra et haftara), c’est qu’Avraham, de son vivant, éloigne ceux qui pourraient gêner son héritier spirituel, alors que David, de son côté, écarte du pouvoir avec une énergie juvénile ceux qui en sont indignes, pour assurer le pouvoir à celui qu’il choisit pour successeur. Ces deux exemples d’hommes nous montrent comment il nous incombe de protéger avec un soin jaloux le trésor et le patrimoine qui sont les nôtres, pour les transmettre à notre tour, sans risque de les voir déformés, voire trahis. Grand Rabbin Alain Goldmann HISTOIRES DE NOS MAITRES Le Maguid de Douvno, Rabbi Yaacov Krantz , était extrêmement proche du Gaon de Vilna, qui l’aimait beaucoup. L’humilité du Maguid de Douvno s’exprime dans une réponse qu’il a écrite au Gaon après une nuit de Chavou’oth, l’une des fois où il avait séjourné chez lui. Cette nuit là, le Gaon avait l’habitude, comme c’est courant en lsraël, de dire le tikoun de la veillée, qui consiste à lire le début et la fin de tous les livres de la Bible ainsi que le début et la fin de tous les traités de la Guémara. Mais le Maguid de Douvno très humble, n’adopta pas cette habitude et le Gaon lui demanda pourquoi il déviait de la coutume. Il répondit : "A quoi est-ce que cela ressemble ?" A un marchand qui a dans sa boutique tout un assortiment de marchandises. Il met dans l’étalage un exemplaire de chaque sorte et cet étalage témoigne de tout ce qu’il possède. Mais le marchand qui est pauvre et qui n’a que quelques objets sans valeur, ne peut que mettre dans l’étalage, la totalité de sa marchandise puisque à l’intérieur de la boutique, il n’y a plus rien. C’est ce qui se passe ici au travers de votre coutume : vous qui connaissez toute la Torah, vous étudiez pendant cette nuit-là des "échantillons" de chaque sorte. Mais moi qui suis pauvre et sans valeur en Torah, je suis obligé de traiter "la marchandise elle-même." AUTOUR DE LA TABLE (avec vos enfants) Pour quelle raison Avraham ne discuta t-il pas le prix pour l’achat de la tombe de Makhpélah ? Réponse : Le Zohar HaKadoch nous enseigne qu’il ne faut pas chercher à acquérir une mitsva gratuitement sauf si on n’a pas les moyens. Et le Kaf Ha’haïm mjjwg explique de la même manière (dans le Chapitre 659, v.4) qu’il n’est pas bien de chercher à acquérir les choses gratuitement car l’impureté tire sa subsistance de cela. Enfin, au sujet des mitsvot, Rabbi Yits’hak Louria (le Arizal) qui n’était pas un homme avare, rapporte que quand il voulait acheter des objets destinés à l’accomplissement d’une mitsva, comme des téfilines ou un étrog, dès que le commerçant annonçait son prix, sans discuter, il lui déposait directement l’argent sur la table. Par le Rav Eliahou Elkaïm Contrairement à ce que l’on pense généralement, les qualités humaines et caractérielles sont héréditaires, et non les capacités intellectuelles. Et la Thora établit un lien entre la foi et les prédispositions du caractère. La paracha de cette semaine relate la mission d’Eliezer, envoyé à la recherche d’une épouse pour Isaac. Pour cela, Eliezer décide de mettre à l’épreuve la candidate en testant son attachement à l’attribut de bonté, ‘Hessed, fondement de la maison de son maître Avraham : « Eh bien ! La jeune fille à qui je dirai : ‘Veuille pencher ta cruche que je boive’, et qui répondra : ‘Bois puis je ferai boire aussi tes chameaux » ; Puisses-tu l’avoir destinée à ton serviteur Isaac, et puissé-je reconnaître par elle que Tu t’es montré favorable à mon maître. » (Genèse 24 ; 14). La prière d’Eliezer va être exaucée et la première jeune fille à qui il adressera cette demande prouvera avec magnificence cet attachement au ‘Hessed. Rivka sera cette jeune fille, qui s’avérera par la suite appartenir à la famille d’Avraham, car elle est la petite fille de son frère Nahor. On remarquera que la description faite par la Thora de cet épisode est très complète. C’est que chaque détail est un enseignement et que cet épisode nous livre les secrets pour le choix d’une épouse. Et nous allons découvrir également que les Midoth (traits de caractère) ne jouent pas seulement un rôle dans les relations avec les autres mais qu’elles ont une influence capitale sur l’accomplissement de la mission de chacun d’entre nous dans ce monde. Rabbi Eliahou Lopian, dans son ouvrage « Lev Eliahou », reprend notre paracha à son début : « Avraham dit au serviteur le plus ancien de sa maison, qui avait le gouvernement de tous ses biens : ‘Mets, je te prie, ta main sur ma hanche pour que je t’adjure par l’Eternel, D.ieu du ciel et le la terre, de ne pas choisir pour mon fils une épouse parmi les filles des Cananéens, avec lesquels je demeure. » (Genèse 24 ; 2-3). Niveau moral sont les qualités morales que doit posséder celle qui sera l’une des Imahoth (les mères du peuple juif). De deux choses l’une : Si aucune fille de Canaan ne réussit à passer le test élaboré par Eliezer, aucun problème : elle ne sera pas retenue. Dans le cas peu probable où une Cananéenne réussira ce test, c’est qu’elle possède un niveau moral tel, qu’elle a réussit à se distinguer du milieu pervers dans lequel elle a grandit, ce qui est une preuve de son caractère exceptionnel. Pourquoi donc ne pas la choisir ? Pour résoudre cette « énigme », il faut comprendre profondément le concept de transmission du caractère. De la question jaillit la lumière Pour commencer, il faut savoir qu’Eliezer lui-même était concerné directement par cette affaire… En effet, d’après le Midrach, il avait une fille, et il espérait avoir le mérite qu’elle épouse Isaac. C’est pour éviter une telle éventualité qu’Avraham fut si exigent sur l’engagement d’Eliezer. Les mots que nous rapporte le Midrach sont très durs. En effet, Avraham dit à son serviteur : « Tu es maudit et mon fils est béni. Un maudit ne peut s’unir avec un être béni. » (Midrach Rabba 59 ; 9). Comment comprendre ces mots qui interdisent toute possibilité d’union avec une fille de Canaan, même si cette dernière a été élevée par Eliezer, qui est l’élève de prédilection d’Avraham, au point de lui ressembler comme l’a décrit le Midrach. Plus encore, les habitants de ‘Haran (région natale d’Avraham où il envoit Eliezer chercher une femme pour son fils) étaient tous idolâtres, Avraham étant le seul de sa famille à avoir découvert l’existence d’un Créateur unique. Comment expliquer qu’Avraham ne craigne pas l’influence terrible de l’idolâtrie ? sont les qualités morales que doit posséder celle qui sera l’une des Imahoth (les mères du peuple juif). De deux choses l’une : Si aucune fille de Canaan ne réussit à passer le test élaboré par Eliezer, aucun problème : elle ne sera pas retenue. Dans le cas peu probable où une Cananéenne réussira ce test, c’est qu’elle possède un niveau moral tel, qu’elle a réussit à se distinguer du milieu pervers dans lequel elle a grandit, ce qui est une preuve de son caractère exceptionnel. Pourquoi donc ne pas la choisir ? Pour résoudre cette « énigme », il faut comprendre profondément le concept de transmission du caractère. De la question jaillit la lumière Pour commencer, il faut savoir qu’Eliezer lui-même était concerné directement par cette affaire… En effet, d’après le Midrach, il avait une fille, et il espérait avoir le mérite qu’elle épouse Isaac. C’est pour éviter une telle éventualité qu’Avraham fut si exigent sur l’engagement d’Eliezer. Les mots que nous rapporte le Midrach sont très durs. En effet, Avraham dit à son serviteur : « Tu es maudit et mon fils est béni. Un maudit ne peut s’unir avec un être béni. » (Midrach Rabba 59 ; 9). Comment comprendre ces mots qui interdisent toute possibilité d’union avec une fille de Canaan, même si cette dernière a été élevée par Eliezer, qui est l’élève de prédilection d’Avraham, au point de lui ressembler comme l’a décrit le Midrach. Plus encore, les habitants de ‘Haran (région natale d’Avraham où il envoit Eliezer chercher une femme pour son fils) étaient tous idolâtres, Avraham étant le seul de sa famille à avoir découvert l’existence d’un Créateur unique. Comment expliquer qu’Avraham ne craigne pas l’influence terrible de l’idolâtrie ? Enfin, comment Eliezer a-t-il pu se faire une opinion sur le niveau moral de Rivka sans s’être renseigné sur ses convictions religieuses ? Le fait d’être une baalath ‘Hessed (qui est attachée au Bien), implique-t-il automatiquement de ne pas être idolâtre comme le reste de sa famille ? De toutes ces questions et du déroulement complexe de cet épisode, Rabbi Eliahou Lopian zatsal dégage une vérité absolue qui va répondre à toutes nos interrogations. L’esclave des esclaves Canaan était le fils de ‘Ham, fils de Noé. Et c’est Canaan que Noé a maudit, alors que la faute avait été commise par ‘Ham. (Genèse 9 ; 22). « Noé, réveillé de son ivresse, connut ce que lui avait fait son plus jeune fils et il dit : « Maudit soit Canaan ! Qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ! » (Genèse 9 ; 24). La déchéance et la faute de ‘Ham viennent d’un problème profond dans son caractère, et c’est pour cette raison que Noé maudit Canaan, la descendance de ‘Ham. De là nous apprenons que les Midoth (traits de caractère) sont héréditaires, dans la même mesure qu’une caractéristique génétique. La déchéance et les défauts de ‘Ham vont être transmis à sa descendance, à Canaan, ainsi qu’il est décrit dans la Thora : « Car toutes ces horreurs, ils les ont commises, les gens du pays qui vous ont précédés (les Cananéens), et le pays est devenu impur. » (Lévitique 18 ; 27). Du refus total d’Avraham d’envisager un mariage avec une descendante de Canaan, rabbi Eliahou Lopian dégage des données de base : Le devoir fondamental de l’homme est de parvenir à une foi véritable et à la crainte du Ciel. Mais la condition première qui permet à l’homme de s’élever est d’être un Baal Midoth tovoth, un homme qui possède de bonnes qualités humaines, des vertus de l’âme. Sans cela, la crainte du Ciel ne saurait être authentique et ne connaîtra pas de suite. Celui qui a de bonnes Midoth est prédisposé à se rapprocher de son Créateur. C’est la raison pour laquelle Canaan est disqualifié pour toujours. L’origine du peuple juif Et c’est là que nous découvrons la grandeur d’Eliezer. Il a finalement compris la sévère interdiction d’Avraham. Il a compris que son origine l’empêchait de s’unir par des liens familiaux à la maison d’Avraham. Même s’il était l’un des seuls Cananéen qui ait reconnu D.ieu, s’élevant ainsi au dessus de la masse, son hérédité des Midoth l’empêchait d’être à l’origine du peuple juif. Et c’est cette compréhension, cette acceptation du message d’Avraham, même s’il apparaît sévère, qui lui permit d’effacer ses mauvais antécédents et de finalement être béni (cf. Midrach Rabba ad hoc). C’est le même lien entre le caractère et la foi que nous observons chez Rivka. En fait, Eliezer n’avait pas besoin de connaître ses convictions religieuses. Ses bonnes qualités morales et caractérielles garantissaient qu’elle découvrirait la Vérité, tôt ou tard. En réalité, il se trouve que Rivka avait déjà perçu la Divinité, mais Eliezer ne le savait pas, et comme nous venons de le voir, n’avait pas besoin de le savoir. Cette relation étonnante entre le caractère et l’hérédité est déjà établie par le Chem Michmouel, au nom de son père, l’auteur du Avné-Nezer. (Chem Michmouel ‘Hayé Sara année 1916- Nitsavim idem). « L’hérédité est une règle vérifiée en ce qui concerne le caractère. Mais elle ne l’est pas pour les facultés intellectuelles. C’est la raison pour laquelle Avraham décide que l’épouse d’Isaac viendrait de sa propre famille. Car même si cette dernière était imprégnée d’idolâtrie et de sorcellerie, ce qui était atteint était l’intellect. Le caractère, lui, était intact. Dans le cas des filles de Canaan, elles venaient d’un peuple au niveau le plus bas dans le domaine des Midoth. » Bien sûr, l’idolâtrie peut cacher de mauvaises Midoth : car ce qui pousse à l’idolâtrie peut être l’attirance pour la dépravation. Mais ce n’était pas le cas de la famille d’Avraham. L’âme sœur pour toujours Ces enseignements sont toujours actuels. Les Midoth peuvent être le barrage infranchissable pour toute élévation véritable et seulement un travail intellectuel sur soi-même à travers l’étude des textes de nos maîtres sur ces sujets et une volonté puissante d’améliorer sa personnalité peuvent permettre de se rapprocher de son Créateur. Ces vérités sont d’autant plus essentielles quand il s’agit de trouver et de choisir son Zivoug, celui ou celle qui partagera notre vie. Tous les aspects intellectuels, physiques et matériels sont accessoires, en comparaison avec les Midoth de son futur conjoint. Seules les Midoth garantissent une hérédité et une sécurité pour toujours. Citons à se sujet la réaction de notre maître, Rav Eliezer Chah zatsal (‘Mihtavim oumaamarim volume 6 page 128). Un jeune homme lui avait demandé s’il devait prendre en compte une proposition de mariage avec une jeune fille dont les frères étaient éloignés de la Thora. Car le Talmud (Baba Batra 110 a) affirme que la plupart des enfants ressemblent aux frères de leur mère. Rav Chah répondit que les paroles de nos maîtres dans le Talmud concernent seulement les traits de caractère, qui sont héréditaires, mais ne concernent pas les positions intellectuelles. La seule chose importante était de vérifier que les frères en question possédaient des qualités humaines (Midoth tovoth). Les convictions religieuses, elles, sont liées au libre-arbitre que possède chaque être humain. Si l’on possède des qualités sur le plan du caractère, rien ne s’opposera à la découverte de la vérité et cela n’aura aucune conséquence sur l’hérédité. Retour liste Haut de page |
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