Editorial
CENTRE COMMUNAUTAIRE ISRAELITE DU VAL DE MONTMORENCY
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TOLEDOTH
Tolledoth par le Rabbin D.Yelloz

La lecture de cette paracha nous laisse perplexe: comment un « racha » (méchant) comme Esav peut-il sortir de la maison d’Isac?! D’autant plus qu’à choisir entre Esav et Jacob, Isaac semble avoir une préférence pou Esav, (et c’est Rivka qui semble voire juste, tout comme Sarah à l’égard d’Ismaël).
Certains verront là une preuve de plus que les grands personnages de la Bible, nos Pères, restent des hommes susceptibles de se tromper. Cela est certainement vrai, mais pas du tout à la même échelle que les « critiques » d’aujourd’hui. Nos Patriarches ne faisaient pas des « erreurs banal », et si erreur il y a, on a beaucoup à en tirer!
D’autres diront que le rôle de l’éducation se limite à inculquer des valeurs et à définir des repères mais pas à abolir la « liberté » de l’enfant qui tôt ou tard sera amené à faire ses propres choix. Il n’y a donc pas à s’étonner que malgré l’excellente éducation donnés par Isaac, sorte de chez lui un Esav. C’est vrai mais cela n’explique pas tout!
En fait Esav comme Yaacov était promu au rang de patriarches! Esav devait gérer le domaine matériel alors que Yaacov devait gérer le domaine spirituel.
Nos sages n’ont-ils pas déclaré: (Pirké Avot) « S’il n’y a pas de subsistance il n’y a pas de Torah… ».
Pour permettre à Yaacov de s’investir pleinement dans l’étude de la Torah il fallait que Esav assure le côté substantiel C’était son rôle essentiel et pour cela il lui fallait des bénédictions matérielles C’est parce que Esav joua très bien son rôle auprès de son père qu‘Isac a pensé pouvoir lui faire confiance et le confirmer par des bénédictions dans son rôle. Rivka comprit qu’Esav ne tiendrait pas et n’assurera pas, laissant Yaacov dans un dénuement total. C’est pourquoi elle poussa Yaacov à prendre les bénédictions, s‘assurant ainsi autonomie et indépendance.


On constate que depuis que Yaacov a reçu les bénédictions il na plus été le « Yaacov intègre installé dans la tente »! En effet il devait lui-même faire ses courses!



Des bénédictions expiatoires
Par Mikael MOUYAL

Dans la Päracha de Toldot, Yts’hak veut bénir son fils Essav. Alors, Rivka, qui apprend cela, s’adresse à Yaacov, son deuxième fils, et lui demande d’aller se rendre chez son père, à la place de Essav, pour recevoir la bénédiction.
Pour se faire, elle lui demande d’aller chasser deux bons chevreaux, pour les présenter à Yts’hak, en échange de quoi il le bénira.
Le Midrash explique que ces deux chevreaux sont non seulement bons pour Yaacov, puisqu’ils lui permettront de recevoir la bénédiction de son père. Mais aussi pour ses enfants, car ces chevreaux, font allusion aux deux boucs de Kippour, à travers lesquels, les descendants de Yaacov obtiendront l’expiation à Kippour. Seulement, pourquoi est-ce que Rivka fait allusion au pardon de Kippour lorsqu’elle demande à Yaacov de recevoir la bénédiction de son père ? Quel rapport entre la bénédiction que recevra Yaacov et l’expiation des fautes de ses descendants ?
De plus, on peut constater que toutes les bénédictions qu’a reçu finalement Yaacov concernent ce monde matériel : la rosée, la graisse, les céréales, le vin, le pouvoir… Or, un Juste tel que Yaacov n’a pas vraiment besoin d’une bénédiction matériel. Pourquoi est-ce que Rivka s’est donc tant démenée pour que Yaacov le Juste reçoive des bénédictions inappropriées, correspondant plutôt à Essav, l’homme de la matière ?
Enfin, comment comprendre que finalement, bien que ce soit Yaacov qui ait reçu ces bénédictions, on constate que ce sont surtout les descendants de Essav qui profitent de tous les bienfaits de ce monde, alors que les descendants de Yaacov ont souffert pendant de longues années d’exil, sans voir la réalisation de cette bénédiction. Ainsi, les efforts de Rivka ont-ils été vains ?
En fait, il est vrai que Yaacov correspond plutôt au monde futur et aux préoccupations spirituelles. Et que si d’ailleurs il ne voulait pas recevoir les bénédictions revenant à Essav, c’est justement parce qu’il savait que ce serait des bénédictions matérielles, de réussite dans ce monde. Et cela ne l’intéressait pas.
Bien plus, même Yts’hak savait tout cela. Il connaissait bien finalement que Yaacov était intègre et qu’il était destiné à une vie plutôt spirituelle. Ainsi, la bénédiction qu’il lui réservait était justement une bénédiction spirituelle. Ainsi, avant de que Yaacov ne parte chez Lavan, Yts’hak le bénit ainsi : « Le D. Tout-Puissant te bénira et te multipliera… Il te donnera la bénédiction de Avraham… pour hériter de la Terre… » Ni il évoqua le vin, ni le céréale. Il ne s’agit que de la bénédiction de Avraham et de la Terre promise, lot de Yaacov.
Ainsi, si au début Yaacov refusa de prendre la bénédiction de Essav, en plus du fait qu’il ne voulait pas tromper son père, c’est surtout parce qu’il ne voulait pas recevoir les bénédictions matérielles de Essav. Car l’opulence matérielle ne sied pas tant aux Justes, risquant de le détourner de la bonne voie.
Mais Rivka, même qu’elle était consciente de tout cela, le poussa quand même à prendre les bénédictions de Essav. En effet, ce qu’elle voulait c’est que ce monde ainsi que toutes les richesses matérielles appartiennent à Yaacov et soient en sa possession, à travers cette bénédiction. Seulement, le profit de cette richesse et de ce monde sera à Essav. De cette façon, lorsque Essav ou ces descendants, profiteront de ce monde et de ses plaisirs, en fait tous ses profits se feront sur le compte de Yaacov, de sorte que Essav prenne de chez Yaacov pour profiter. Ainsi, Rivka voulait que les bénédictions appartiennent à Yaacov et que Essav les lui prenne. Mais quel est l’intérêt de cela ?
En fait, de cette façon cela pourra permettre d’obtenir l’expiation des fautes. En effet, lorsque un Juif a commis des fautes et que les non juif lui prenne ses biens, son argent et sa richesse, alors ce manque et ce « pillage » permet d’expier ses fautes. Alors que si ce monde appartenait à Essav, lorsque les non Juifs auraient profiter de ce monde, ce sera un profit sur ce qui leur appartient, et cela ne constituerait donc pas une expiation pour les Juifs. Mais maintenant que ce monde appartient à Yaacov, grâce au subterfuge de Rivka, lorsque kles non Juifs en profitent, c’est sur le compte d’Israël, et constitue donc une expiation.
C’est à cela que Rivka fit allusion à Yaacov pour lui expliquer pourquoi elle voulait qu’il reçoive ces bénédictions matérielles. C’est parce que ces deux boucs seront bons pour ses descendants, car elles permettront l’expiation des fautes d’Israël. Le fait que Yaacov soit béni par le monde matériel et qu’il se fasse déposséder par Essav, constitue un bon moyen d’expiation.



« Et que D. te donne de la rosée des cieux et des endroits gras de la terre et beaucoup de blé et de vin. » (Béréchit XXVII, v.28) Dans cette bénédiction adressée par Yits’hak à Ya’acov, l’on constate que le verset mentionne le ciel avant la terre, alors que dans celle adressée à ’Essav, c’est exactement l’inverse, comme il est dit : « …Voici, parmi les endroits gras de la terre, sera ton domaine et de la rosée des cieux d’En Haut. » (Béréchit XXVII, v.39) On peut comprendre cette inversion à la lumière de ce que dit le Talmud Nédarim 81a. En effet, celui-ci rapporte le verset suivant du Prophète Jérémie (Yirmiyahou Chapitre 9, v.12) : « Et Hachem dit : "N’abandonnez pas ma Torah. Ils ne m’ont pas écouté et ne l’ont pas suivie." » La Guémara s’interroge : "s’ils n’ont pas écouté, c’est donc qu’ils n’ont pas suivi ... ? Ce à quoi Rav Yéhoudah au nom de Rav répond : "ils n’ont pas prononcé la bénédiction sur la Torah en premier !" On peut illustrer ceci à l’aide de l’exemple suivant : celui qui aime la Torah de tout son coeur et la considère comme essentielle et primordiale, bénira son fils en lui souhaitant de devenir un "grand" dans la Torah et c’est seulement en second lieu qu’il lui souhaitera d’obtenir les moyens de gagner sa vie correctement. En revanche, celui qui n’apprécie pas la Torah à sa juste valeur, bénira principalement son fils dans le domaine matériel, son élévation dans la Torah ne sera mentionnée que dans un second temps ... C’est de cette façon que Rav Yéhoudah au nom de Rav explique qu’ils ne l’ont pas "suivie"; c’est à dire qu’en ne prononçant pas la bénédiction sur la Torah en premier, ils l’ont de ce fait reléguée en seconde position, la plaçant après les choses vaines de ce monde : les valeurs matérielles ...

« Yits’hak trembla d’un grand tremblement, et il dit : "Qui est-il donc celui qui a chassé du gibier et me l'a apporté" … » (Béréchit XXVIII, v.33) De façon providentielle, ’Essav passa plus de temps que nécessaire à chasser, ce qui permit à Ya’akov de recevoir en toute quiétude les Bérakhot (les bénédictions) de la bouche d’Yits’hak ! Le Midrach Raba raconte que ce jour là, ’Essav captura plusieurs animaux. Il les attacha mais un ange vint et les libéra ! De surcroît, aucun des animaux qu’il captura ne fut "Tahor", cacher; il en conçu une telle amertume qu’il tua un chien, le fit cuire et l’apporta à son père. Yits’hak devina la supercherie par Roua’h HaKodech (souffle divin qui éclaire la personne qui en bénéficie); c’est pourquoi il s’adressa à ’Essav en ces termes : « Qui est-il donc celui qui a chassé du gibier ... » C’est à dire : la viande que tu m’apportes n’est pas faite pour être consommée mais seulement pour aider le chasseur. Il faut comprendre que la réflexion d’Yits’hak portait sur "celui avec qui on va chasser", c’est à dire le chien. Mais au moment où ’Essav pénétra dans la pièce où se trouvait son père, le "Guéhinom" (l’enfer) entra avec lui dans une chaleur insoutenable. Yits’hak fut alors saisi d’une frayeur encore plus grande que celle qu’il avait ressentie lors de l’épisode de son propre sacrifice ! A cet instant, il voulut maudire son fils Ya’akov qui venait de le tromper mais Hachem le mit immédiatement en garde en lui disant : "Si tu le maudis, c’est toi-même que tu maudis ! Car ne l’as tu pas béni en ces termes : Celui qui te maudit sera maudit ?" Et Ya’akov, dans son empressement à fuir son frère, laissa derrière lui l’assiette qu’il avait présentée à son père. ’Essav revint plus tard et reconnut la même assiette qui avait contenu le plat de lentilles contre lequel il avait troqué son droit d’aînesse ! Et c’est pourquoi il est écrit après cela : « ’Essav pris en haine Ya’akov … » (Béréchit XXVII, v.41)

« ’Essav partit vers Yichma’él et prit Ma’halat, la fille d’Yichma’él, le fils d’Avraham, la sœur de Névayot en plus de ses femmes … » (Béréchit XXVIII, v.9) Ce verset nous enseigne que ’Essav voulait effectivement réparer ses actes et quand il vit que les filles de Kéna’an étaient mauvaises aux yeux de son père Yits’hak, il a épousé Ma’halat, la fille d’Yichma’él. Mais le verset souligne "en plus de ses femmes" car il n’a pas répudié les premières Nos Sages mjjwg ont dit à ce propos dans le Midrach Raba au nom de Rabbi Yéhochoua ben Lévi : "’Essav a envisagé de se repentir; le mot ma’halat évoque le fait que le Saint béni soit-Il lui a pardonné toutes ses fautes. Rav a dit : "S’il avait renvoyé ses premières femmes, tout aurait été très bien." Mais "en plus de ses femmes", il a ajouté une souffrance à une autre. Le Rav Rubman mjjwg, dans son livre Zikhron Méïr, apprend de là, l’importance des voies de la perfection et du repentir. Parfois, quelqu’un entreprend de s’améliorer et commence à faire beaucoup de bonnes actions et pourtant on ne voit aucun changement dans son niveau spirituel, c’est parce qu’il n’a pas déraciné ce qui était mauvais chez lui, dans les actes et dans ses traits de caractère. Un tel homme suit la voie de ’Essav qui a pris Ma’halat, la fille d’Yichma’él sans avoir renvoyé ses autres femmes. Les Ba’alé Moussar ont donné une parabole à ce propos : "Quelqu’un était monté dans un train au centre du pays avec l’intention d’aller vers le nord et voici qu’au milieu du chemin, il s’aperçoit que par erreur, il est monté dans un train qui va vers le sud. Que fait-il ? Il se lève et se met à courir à l’intérieur du train de wagon en wagon dans la direction du nord …" C’est évidemment stupide de sa part. En quoi peut l’aider cette course vers le nord alors que le train continue à avancer vers le sud ? Ce qu’il doit faire est de descendre du train à la gare la plus proche et de monter dans un train qui va dans la direction opposée. Le Prophète Yéchaya dit (Chapitre 55, v.7) : "Que le méchant quitte sa voie et l’homme de péchés, ses pensées." Rabbi Yé’hézkel Abramsky mjjwg a dit à ce propos : "Il n’est pas dit que le méchant quitte "sa faute" mais "sa voie". Il ne suffit pas qu’il abandonne sa faute, il doit vérifier quel chemin l’a mené à la faute, par exemple des liens d’amitié avec une certaine personne ou la fréquentation d’un certain lieu et ainsi de suite : alors s’il abandonne "sa voie", ce sera une décision de base qui l’assurera de ne plus retomber dans sa faute !




LE COIN DU MOUSSAR
« … et il vendit son droit d’aînesse à Ya’akov. » (Béréchit XXV, v.33) Un juif qui avait beaucoup souffert pendant sa vie alla un jour trouver le ’Hafets ’Haïm mjjwg pour lui demander : "Pourquoi le Saint béni soit-Il ne me récompense t-Il pas ici-bas (en ce monde) pour au moins une mitsva que j’ai faite ? Qu’est-ce qui se passerait si on me donnait pendant ma vie, le salaire d’une seule mitsva pour que j’en finisse une bonne fois pour toutes, avec tous mes malheurs ? J’ai tellement d’ennuis, qu’est-ce qui se passerait si je recevais la récompense d’une seule mitsva en ce monde sur le compte du total ?" Le ’Hafets ’Haïm lui répondit : "A quoi cela ressemble-t-il, à quelqu’un qui entre dans une épicerie et veut acheter un bonbon avec un billet d’un million de dollars. Aucun vendeur ne voudra d’une affaire de ce genre ! Comment rendrait t-il la monnaie de la vente du bonbon qui ne coûte même pas un centime ? De la même façon, et bien plus encore, la récompense de n’importe quelle mitsva que tu voudrais obtenir ici-bas est énorme, cela ressemble exactement à acheter un bonbon avec un billet d’un million de dollars." Par conséquent, continua le ’Hafets ’Haïm en réfléchissant tout haut, comment donne t-on aux "méchants" la récompense de leurs mitsvot ici en ce monde, puisque aucun avantage matériel ne peut les égaler ? Il donna à cela une réponse redoutable : "le Saint béni soit-Il récompense chacun pour les mitsvot qu’il a faites d’après l’attachement qu’il a manifesté à leur exécution. Le tsaddik qui craint le Ciel et observe les mitsvot avec une extrême application et de tout son cœur, mérite vraiment une récompense énorme; quant au "méchant" qui ne leur accorde absolument aucune valeur mais a observé "par hasard" une mitsva pour laquelle il faut lui donner une récompense, celle-ci sera en fonction de … De là, on peut répondre à la question des Commentateurs : "comment Ya’akov a-t-il tenté ’Essav par un potage de lentilles pour qu’il lui vende son droit d’aînesse ? Pourquoi cela ne constitue t-il pas une vente par erreur, puisque le droit d’aînesse vaut considérablement plus qu’un potage de lentilles ?" Mais ici, le droit d’aînesse se mesure d’après l’importance que lui a attribuée ’Essav, et à ses yeux, il ne valait pas plus qu’un potage de lentilles, par conséquent la vente est belle et bien valide. Ce principe important nous enseigne quelque chose de terrible; un "Ben Torah" peut étudier pendant toute la journée, mais dans la réalité sa Torah ne vaut pas plus que quelques sous, si au milieu du séder, il est sorti du kollel pour s’occuper de ses affaires personnelles qui n’auraient pas pu lui occasionner une perte de plus de quelques sous. Et inversement, s’il se consacre à la Torah même sans être très doué, sa récompense est calculée en fonction de l’importance qu’il accorde à notre Sainte Torah !!! Rabbi David ’Hanania Pinto




Déchéance d’Essav
Une terrible fatigue de l’âme
Par le Rav Eliahou Elkaïm

Cette semaine, nous assistons à la venue au monde de Yaacov et d’Essav. Nous les suivons jusqu’à la fuite de Yaacov vers ‘Haran, sur les ordres de ses parents, Isaac et Rivka, qui lui enjoignirent de quitter la terre de Canaan.
En effet, après avoir usurpé les bénédictions paternelles, sur l’ordre de sa mère Rivka, Yaacov était en danger, poursuivi par le courroux de son frère Essav. On se souvient que Yaacov s’était fait passer pour son frère Essav, afin de recevoir ces fameuses bénédictions…
Tous ces événements se déroulent sur une période de soixante-trois ans et la Thora n’a choisi de nous relater quelques anecdotes seulement. C’est que ces péripéties sont décisives pour l’avenir d’Israël et constituent les fondements de l’histoire juive, et ce jusqu’à la fin des temps.
Sans les directions données par nos maîtres, il est tout simplement impossible de comprendre, même superficiellement, le message délivré par la Thora dans notre paracha.
Dès le départ, la description d’Essav semble très négative. C’est le cas dès le moment où Rivka est enceinte des jumeaux :
« Comme les enfants se bousculaient dans son sein, elle dit : ‘Si cela est ainsi, à quoi suis-je destinée ?’ Et elle alla consulter le Seigneur. » (Genèse 25 ; 22)
Rachi (ad hoc) rapporte le Midrach (23; 6), qui précise : Lorsque Rivka passait devant les lieux d’étude de Chem et Ever, Yaacov s’agitait pour sortir. Et lorsqu’elle passait devant le temple des idoles, c’est Essav qui se manifestait.
Par la suite, « les enfants ayant grandi, Essav devint un habile chasseur, un homme des champs, tandis que Yaacov, homme droit, vécut sous la tente» (Genèse25; 27).
La Thora nous relate ensuite la vente du droit d’aînesse d’Essav à Yaacov pour un plat de lentilles.
Cinq fautes
« C’est ainsi qu’Essav dédaigna le droit d’aînesse » (Genèse 25 ; 34). Ce droit d’aînesse n’entraînait pas des avantages matériels, mais signifiait des devoirs, ceux qui incombaient, à cette époque, aux premiers-nés : se consacrer au service divin et au sacrifice des Korbanoth (offrandes à D.ieu).
Le Talmud (Baba Batra 16b) ajoute de nouveaux éléments au sujet de cette vente un peu particulière. « Rabbi Yohanan dit : ce méchant (racha) Essav, a commis cinq fautes graves ce même jour : il eut des relations interdites avec une jeune femme mariée, il commit un meurtre, il renia l’existence de D.ieu (kafar baikar), il renia la résurrection des morts et il dédaigna le droit d’aînesse (par lequel il aurait dû accomplir le service divin). »
De ces différentes sources que nous venons de citer, il ressort qu’Essav, depuis sa conception, était l’incarnation du mal. Et pourtant…
Le Midrach semble à priori contredire cette approche :
«Les enfants grandirent’ (Genèse 25 ; 27) : il s’agit de Yaacov et d’Essav. De la même façon que le Nom divin reposait sur Yaacov, il aurait dû reposer également sur Essav.
Essav aurait dû mettre au monde des rois et Yaacov des prêtres. Les premières bénédictions revenaient à Essav et les dernières à Yaacov. Tout cela a été ôté à Essav lorsqu’il vendit son droit d’aînesse à Yaacov. A partir de ce moment, les mots du prophète Obadia sont effectifs :
‘Voici que Je te fais petit parmi les peuples, tu es très méprisable.’ (Obadia 1-2)(Midrach Chir Hachirim Zouta chap. 1)
Un deuxième texte du Midrach ajoute : le plan divin initial était que sur les douze tribus du peuple juif, six devaient être issues d’Essav, et six de Yaacov.
De ces Midrachim, il ressort donc qu’Essav n’était pas mauvais dès le départ. Bien au contraire, il était pressenti pour être à l’origine de la lignée des rois d’Israël.
Mais une autre question se pose à nous : Comment expliquer l’amour que portait Isaac à Essav, même après sa déchéance ? On le sait, les patriarches étaient prophètes, ce qui implique un niveau de Connaissance inégalé.
Cette Connaissance inclut sans aucun doute l’aptitude à discerner le niveau moral de tous ceux qu’ils côtoient.
L’incarnation du mal
Selon les textes que nous avons cités, et qui montrent Essav comme l’incarnation du mal, comment Isaac a-t-il pu supporter ce fils ? Plus encore, l’aimer au point de vouloir le préférer à Yaacov pour lui transmettre les bénédictions divines.
Enfin, comment comprendre la peine immense d’Essav, quand il comprit que Yaacov lui avait usurpé les bénédictions de son père.
En effet, les mots du Talmud (kafar baikar, qui a renié l’existence même de D.ieu), paraissent incompatibles avec cette peine : en effet, un hérétique, n’aurait ressenti aucun regret devant la perte de ces bénédictions, qui n’ont, à ses yeux, aucune valeur.
Pour sortir de l’impasse, il faut comprendre dans un sens différent le Midrach qui affirme qu’Essav était attiré par l’idolâtrie avant même de naître.
Les rôles d’Essav et de Yaacov étaient complémentaires, et chacun d’entre eux avait une mission différente à remplir dans ce monde.
A la différence de Yaacov, Essav avait comme mission d’extirper les forces du mal qui lui étaient innées. Et il faut savoir qu’il possédait toutes les aptitudes pour ce faire, étant doté du libre-arbitre, élément fondamental de chaque créature.
Sa mida (attribut de l’âme) fondamentale, était celle de la Guevoura, la rigueur.
S’il avait réussi à surmonter les forces du mal qu’il avait en lui, il aurait pu atteindre la perfection et participer ainsi à la création du peuple juif, à part égale avec Yaacov.
Le Zohar précise d’ailleurs que cet attribut de Guevoura était commun à Isaac et Essav : c’est la raison pour laquelle Isaac aimait Essav, voyant en lui celui qui allait perpétuer son propre travail de perfectionnement de la personnalité.
Ce même attribut était aussi celui de David hameleh. Le Midrach raconte: « Lorsque Samuel a vu que David était roux (Samuel 1 ; 16-12), il eut peur et il dit : ‘Celui-là aussi va verser du sang comme Essav.’ A cela, D.ieu lui répondit : ‘Avec cela de beaux yeux’ (idem) : Essav tue de sa propre initiative. Mais celui-là n’agit que sur l’ordre du Sanhédrin.» (Midrach Berechit Rabba, Chapitre 63)
En vérité, c’est à un niveau extrêmement subtil qu’Essav a failli, et sa vraie déchéance a été cachée à son père par la volonté de D.ieu Lui-même.
A l’âge de quinze ans, le jour de la mort de son grand-père Abraham, Essav va faillir pour la première fois. C’est en effet ce jour-là qu’il vendit le droit d’aînesse, et d’après nos maîtres, D.ieu a enlevé cinq années de vie à Abraham pour qu’il n’ait pas à souffrir de voir son petit-fils s’engager dans une voie de débauche. (cf. Rachi Genèse 25 ; 30)
Jusqu’à cette date, on déduit que son comportement était exemplaire.
Nos maîtres considèrent la vente du droit d’aînesse comme le point de départ de la déchéance d’Essav. Il faut savoir que les conditions de cette vente contiennent en eux le secret de la chute de ce dernier.
« Un jour, Yaacov faisait cuire un potage, quand Essav revint des champs et il était fatigué » (Genèse 25 ; 29).
Pourquoi la Thora doit-elle relever cette fatigue d’Essav ?
Les quatre composantes de l’âme
C’est qu’il ne s’agit pas d’une simple fatigue physique.
Vehou ayef (il était fatigué), c’est la personnalité même d’Essav (sa nechama) qui était fatiguée, et c’est la clé de sa déchéance.
Cette fatigue, ce manque de vigueur de l’âme trouve son origine dans une mida fondamentale. Le secret de cette fatigue étrange, nous allons le découvrir dans l’ouvrage Chaaré Kedoucha, de Rabbi ‘Haïm Vital (l’élève de prédilection du Ari Hakadoch).
« Toutes les mauvaises Midoth sont ancrées dans les quatre composantes de l’âme : le feu, le vent, l’eau et la poussière. (…)
"L’élément poussière (afar) est l’origine de l’attribut du chagrin (atsvouth) et il en découle la mida de atslouth (fatigue, paresse) pour accomplir la Thora et les mitsvoth.
"Cela est dû au chagrin de l’âme. En effet, l’individu qui s’acharne à la poursuite des biens matériels des plaisirs de ce monde procure à son âme une sensation profonde d’insatisfaction. (Volume 1- 2).
"(…) Le chagrin empêche le service divin, l’accomplissement des mitsvoth et l’étude de la Thora. Le chagrin ouvre la porte aux tentations du yetser hara, mauvais penchant. (Volume 2 – 4) »
Une étape fatidique
Cette fatigue d’Essav n’était pas un état d’âme passager, mais le résultat d’une interversion des valeurs. Essav avait mis toute son énergie dans la recherche des plaisirs de ce monde et dans l’acquisition de biens matériels.
Profiter au maximum de ce monde (olam hazé) était devenu pour Essav une fin en soi. Le pas pour succomber à toutes les tentations et commettre les fautes les plus graves était facile à franchir. Et Essav le franchit.
La conséquence inévitable fut le mépris pour le droit d’aînesse, c’est-à-dire pour le service divin.
La réaction de D.ieu fut immédiate : « Bazouï ata méod, tu es très méprisable ! » (Ovadia 1 ; 2).
Essav perd toute sa grandeur potentielle et devient méprisable aux yeux de D.ieu.
Evidemment, Essav ne devient pas un véritable hérétique : il n’est pas athée. C’est ce qui explique qu’il reste pleinement conscient de la portée incommensurable des bénédictions de son père.
Mais cette foi n’est pas véritable. C’est cette fausseté que nos maîtres expriment par les mots : kafar baikar, qui renie l’essentiel.
Qu’est-ce que l’essentiel ? C’est de comprendre le but de la création de l’homme. Au niveau d’Essav, le fils d’Isaac, le petit-fils d’Avraham, cette interversion des valeurs équivalait à un reniement global de D.ieu.
On observe le même processus au moment où Amalek attaque Israël.
La Thora remarque : « Tu étais alors fatigué, à bout de forces, et il ne craignait pas D.ieu » (Deutéronome 25 ; 18).
Rachi explique les termes « et il ne craignait pas D.ieu », comme se rapportant à Amalek.
Le Ohr Ha’haïm hakadoch, pour sa part, interprète les mots « et il ne craignait pas D.ieu », comme se rapportant à Israël !
Le fait de ne pas craindre D.ieu était la conséquence de cette fatigue, fatigue de l’âme.
Amalek, qui est l’émanation et le descendant d’Essav, pourra avoir prise sur Israël si ce dernier est lui aussi en état de fatigue, cette même fatigue qui a mené Essav à sa fin.
Essav aurait dû devenir l’ancêtre du peuple juif ; par son choix de vie et son positionnement philosophique, il est devenu son ennemi le plus farouche et ce jusqu’à la fin des temps.


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